Quelques mots sur l'auteur...
Jean Rouch
[Paris (France) 1917 – Birnin N'Konni (Niger) 2004.]
Dans son « Historique du film ethnographique », Emilie de Brigard introduit ainsi Jean Rouch :
Pendant que Mead et Bateson étaient à Bali, Jean Rouch poursuivait à Paris ses études d'ingénieur et s'engageait dans la voie qui devait faire de lui le chef de file du cinéma ethnographique en Europe, cinéma qu'il contribua inlassablement à promouvoir et à diffuser. Au Musée de l’Homme, Rouch assista aux conférences de Marcel Mauss et de Marcel Griaule. Il rencontra Henri Langlois, devenu Directeur de la Cinémathèque française. Il prit la décision d'étudier sérieusement l'anthropologie pendant la guerre, alors qu'en Afrique Occidentale Française il dirigeait la construction de routes et de ponts. «Le conflit de civilisations me frappa dès le début» (Desanti et Decock, 1968, p. 37). (…) il s'assura le concours d'un jeune Sorko, Damouré Zika, qui devait collaborer à ses recherches et à son film (Les maîtres fous, 1953) comme le fit un acteur, Oumarou Ganda, héros de Moi, un noir (1957), et réalisateur de Le Wazou polygame (1971). On a décrit la carrière de Rouch comme étant celle d'un «amateur invétéré» et d’un «incurable dilettante» (Marcorelles, 1964, p. 18). Rouch est en fait le premier professionnel à temps complet du cinéma ethnographique.
Le seul film que Rouch eut à montrer en revenant de ces quelques mois passés au Niger était d'une qualité suffisante pour être acheté par les Actualités françaises, agrandi en 35 mm, agrémenté d'un commentaire et projeté à l'écran sous le titre Au pays des mages noirs, à la même affiche que Stromboli de Rossellini. En 1955, plusieurs courts métrages de Rouch furent agrandis et réunis par le montage pour former un long métrage en couleurs Les fils de l'eau. Ce film fut porté aux nues, dans les Cahiers du cinéma, par Claude Beylie qui compara la cosmogonie dogon à la philosophie de Thalès, d'Empédocle et de Timée, et affirma: «C'est nous qui sommes des monstres» (Beylie, 1959). Entre temps, Rouch devenait le Secrétaire général du Comité international du film ethnographique (CIFE) créé en 1952 au Congrès international des sciences anthropologiques et ethnologiques, à Vienne, dans le but de développer les archives, la production et la distribution. La section française de cette organisation prépara des rapports d'analyse et de critique sur 106 films, rapports qui furent édités par l'Unesco en 1955 dans le cadre de ses publications sur les communications de masse. Ainsi, par les soins de Rouch, le film ethnographique acquit ses dimensions à la fois scientifiques, politiques et artistiques dans la décade qui suivit l'après-guerre.
Emilie de Brigard « Historique du film ethnographique », pp. 36-37.
Chercheur au CNRS depuis 1953, Rouch crée notamment avec Henri Langlois, Enrico Fulchignoni, Marcel Griaule, André Leroi-Gourhan et Claude Lévi-Strauss le Comité du film ethnographique, qui siège jusqu’en 2009 au Musée de l'Homme à Paris. Jean Rouch a été président de la Cinémathèque française entre 1987 et 1990.
Filmographie
La filmographie de Rouch est très riche (autour de 120 films entre 1946 et 2004) et variée, allant des films ethnographiques issus de recherches de terrain aux films de fiction. Avec ses collaborateurs et amis africains, notamment Lam, Tallou et Damouré, Jean Rouch entreprend des « réalisations partagées », dont des films qu’on appelle d’ethno-fiction où les protagonistes jouent des rôles improvisés au jour le jour avec le réalisateur. Moi, un Noir (1958, Côte d’Ivoire. Prix Louis Delluc) est un remarquable exemple du genre, à côté de Petit à petit (1970, Niger-France) et Cocorico ! Monsieur Poulet (1974, Niger). Adepte du « cinéma direct », où l’auteur exerce son propre regard derrière une caméra à la main, et toujours prêt à expérimenter de nouvelles approches cinématographiques du réel, Jean Rouch qualifie son œuvre de nouveau « cinéma-vérité », notamment avec le film Chroniques d’un été (1960 - Prix de la Critique au Festival de Cannes, en 1961) réalisé à Paris avec le sociologue Edgar Morin.
Son principal domaine de recherches ethnographiques et filmiques est celui des rituels de possession africains, mais parmi les films de Rouch en Afrique occidentale on trouve bien d’autres sujets, notamment la chasse ou la pêche, tels La Chasse à l'hippopotame (1947, Niger) et La Chasse au lion à l’arc (1965, Niger - Lion de Saint Marc comme meilleur film ethnographique au festival du cinéma de Venise en 1965).
En 1957, la Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica de Venise avait déjà décerné ce prix au film Les Maîtres fous (1955, Ghana), l’œuvre probablement la plus connue, et la plus controversée, de Rouch sur les rituels de possession africains. Dans ce domaine, l’on peut encore citer l’un des premiers films de Jean Rouch, Initiation à la danse des possédés (1948, Niger - Grand prix au premier Festival du Film Maudit, présidé par Jean Cocteau), ainsi que Tourou et Bitti. Les tambours d’avant (1971, Niger), qui présente la particularité d’avoir été tourné en un seul plan-séquence de dix minutes (la durée d’un chargeur de pellicule 16 mm).
En collaboration avec Germaine Dieterlen - comme lui disciple de Griaule et continuatrice de ses recherches - Rouch réalise plusieurs films concernant les Dogon, dont notamment Le Dama d’Ambara. Enchanter la mort (1974, Mali) et les 8 films sur les cérémonies soixantenaires du Sigui (1966-1973, Mali).
Il collabore également avec l’ethnomusicologue Gilbert Rouget pour la réalisation de deux films : Batteries Dogon, éléments pour une étude des rythmes (1966, Mali) et Porto-Novo. Ballet de cour des femmes du roi (1970, Bénin).
Parmi les films de fiction de Rouch, on peut citer La Gare du nord (1964, France), Dionysos (1984, Italie) et Liberté, égalité, fraternité et puis après...(1990, France).
Pour la filmographie chronologique de Jean Rouch, voir notamment http://www.comite-film-ethno.net/jean-rouch/filmographie.html
Bibliographie :
Voir ici les textes cités de Jean Rouch et pour la bibliographie de Jean Rouch voir notamment http://www.comite-film-ethno.net/jean-rouch/bibliographie.html
Voir également sur Jean Rouch :
Revue CinémAction n° 17, 1982 ; n° 81, 1996.
Luc de Heusch « Jean Rouch et la naissance de l’anthropologie visuelle. Brève histoire du Comité international du film ethnographique » Revue L’Homme n° 180, 2006.
Maxime Scheinfeigel, Jean Rouch, CNRS éditions, 2008.
Colleyn Jean-Paul (éd), « Jean Rouch - Cinéma et anthropologie », Cahiers du cinéma, 2009.
Pour plus d’informations sur Jean Rouch, voir le site du Comité du film ethnographique : http://www.comite-film-ethno.net/