ÉLÉMENTS DE GRAMMAIRE DE L’ÉNONCIATION


L’ENONCIATION EN GREC ANCIEN

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Michèle BIRAUD

à Carine et Pascale

Avant propos

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Sommaire

Introduction

1. L’entrée en communication

1.1 Le salut

1.2 L’interpellation

1.3 L’apostrophe

1.3.1. Le vocatif et ses substituts

1.3.2. Le w} d’apostrophe

1.3.3. w} d’apostrophe (ô) ou interjection w! (oh !)

2. Locuteur et interlocuteur

2.1 Les pronoms personnels

2.1.1. Choix de la personne et du nombre

2.1.2. Les pronoms réfléchis

2.2 Les terminaisons personnelles des verbes

2.2.1. Des terminaisons personnelles bien différenciées

2.2.2. Pronoms personnels et désinences personnelles

2.2.3. Personne et voix

2.2.4. Terminaisons primaires et secondaires

3. Les déictiques

3.1 Les déterminants-pronoms démonstratifs

3.1.1 La deixis

3.1.2. Deixis et anaphore

3.2 Les adjectifs à constituant démonstratif

3.3 Adverbes spatiaux

3.4 Adverbes temporels

3.5 Adverbes de manière

3.6 Le suffixe déictique –i&

3.7 Le présentatif  i)dou& « voici »

4. La temporalité

4.1 Les temps verbaux

4.1.1 Actuel, passé, avenir

4.1.2 Valeurs temporelles et valeurs aspectuelles

4.1.2.1 Valeurs aspectuelles

4.1.2.2 L’expression des temps

4.1.3 A quels modes les temps ont-ils ces valeurs temporelles ?

4.2 Adverbes de temps et valeurs aspectuelles et temporelles

4.2.1.   nu=n et l'actuel

4.2.2.   Les adverbes a)ei&, sunexw=j, e(ka&stote

4.3 L’adverbe de temps h!dh

4.3.1 Le moment de l'énonciation

4.3.2  L'étendue de l'écart temporel

4.3.3  Repérage par rapport à un moment du passé

5. Les modalités allocutives : vue d'ensemble

5.1 Chaque phrase possède une modalité allocutive

5.2 Modalités subjectives et modalités épistémiques

5.3 Divers degrés d’évaluation intellective dans les énoncés à modalité épistémique

5.4 L'usage des modes verbaux dans le système des modalités

5.5 L'emploi des négations selon le mode verbal et la modalité

5.6 Valeurs temporelles ou aspectuelles selon les modes

6. Les modalités épistémiques

6.1 L’assertion

6.1.1 Nai& et ses équivalents

6.1.2 L’assertion confirmée : le serment

6.1.3 L’assertion renforcée par des formules de jurement

6.1.4 L’assertion renforcée par des particules

6.2 L’interrogation

6.2.1 Interrogation totale

6.2.2  Interrogation partielle

6.2.3 Cas particuliers

6.2.4 Des phrases interrogatives au subjonctif

7. Les modalités subjectives

7.1 Injonction et interdiction

L'expression de l'ordre et de la défense est assurée par les modes impératif et subjonctif, dans quelques cas par un infinitif, ou encore par des formes verbales ou des verbes exprimant l’obligation.

7.1.1 L'injonction à l’interlocuteur : impératif à la 2e personne

7.1.2 L’interdiction à l’interlocuteur : impératif à la 2e personne ou subjonctif

7.1.3 L'injonction à la première personne du pluriel

7.1.4 L'injonction à la troisième personne

7.1.5.  L’infinitif d’ordre

7.1.6  L'adjectif verbal d'obligation

7.1.7  Une assertion à verbe dominant impersonnel exprimant l'obligation

7.1.8 Expressions indirectes de l'ordre ou de la défense

7.1.9 ou) mh& + indicatif futur : défense renforcée

7.2 Souhait

7.3 Regret

8 Les modalités d’évaluation intellective du procès

8.1. Marques lexicales ou morphologiques de ces modalités

8.1.1 Locutions verbales ou verbes introducteurs

8.1.2 Adverbes d'énoncé « modaux »

8.1.3 Modes verbaux

8.1.4. Particules énonciatives marquant divers degrés de force dans l'affirmation ou le doute

8.2 L’usage de ces modalités dans les systèmes hypothétiques

8.2.1. Le système hypothétique : un  système logico-sémantique

8.2.2 Le système hypothétique de l’objectivité

8.2.2.1. Examen de quelques phrases

8.2.2.2. Conclusions de l'observation

8.2.3 Le système hypothétique de l’éventualité

8.2.3.1. La notion d'éventualité

8.2.3.2. Examen de quelques phrases

8.2.3.3. Conclusion : l’expression de l’éventualité dans une phrase complexe

8.2.4 L'expression d’une fiction possible

8.2.5 L'expression d’une fiction démentie par les faits

8.2.5.1. Examen de quelques phrases

8.2.5.2. Conclusion de l'observation

8.2.6 Récapitulation sur l’expression des modalités dans les systèmes hypothétiques

8.2.7. Subordonnée relative substitut de protase hypothétique

8.2.8 Dans les subordonnées dépendant d’un système à modalité épistémique

8.3 Compatibilité des divers ensembles

9. Les paroles rapportées: discours direct discours indirect.

9.1. Discours direct

9.2. Discours indirect

9.2.1. Emploi des pronoms personnels

9.2.2. Emploi des marqueurs d’intégration de é1 dans é0

9.2.3. Emplois des modes

9.2.4. Les correspondances de temps en transposition à l'infinitif et à l'optatif

9.2.5. Cooccurrences de plusieurs types de transposition de mode  dans le même énoncé

9.2.6. Du discours indirect au discours narrativisé

9.2.7. Un discours indirect «troué » par l'insertion d’enclaves de narration

9.2.8. Emploi des modes et des temps dans les  subordonnées du discours indirect

Essentiels

Université Ouverte des Humanités  / Université de Nice Sophia-Antipolis


  Introduction

L'énonciation, c'est l’acte de production d'un énoncé par un locuteur qui a l'intention de communiquer, à un certain moment, en un certain lieu, avec un interlocuteur (pour transmettre une information, poser une question, donner un conseil ou un ordre …) au sujet de certains objets dotés d'une référence dans leur univers. Ce moment, ce lieu et ces interlocuteurs définissent le cadre énonciatif de l’échange.

Nous allons donc décrire les principales marques de l’énonciation en grec ancien en prenant en compte les paramètres suivants :

1. Il y a un échange entre deux interlocuteurs. Il convient donc d’examiner comment se réalise leur entrée en communication (interjections d'interpellation, apostrophes, formules de salutation), puis comment la langue désigne les deux personnes de l'interlocution (pronoms personnels, désinences personnelles des verbes). Voir Chapitres 1 et 2.

2. les deux interlocuteurs parlent de certains objets, personnes, lieux et moments du monde réel (ou d'un monde fictif) qu’ils situent par rapport à la situation d'énonciation par des déictiques (des démonstratifs, qu’ils soient déterminants ou pronoms, ou adverbes de temps, lieu ou manière). Voir Chapitre 3.

3. Eux-mêmes ou ces personnes sont engagés dans des procès temporellement situés par rapport au moment de l'énonciation comme actuels, passés ou à venir (vs en datation absolue ou en chronologie relative). Voir Chapitre 4.

4. Le locuteur poursuit divers buts en parlant : informer l’interlocuteur ou le questionner sur divers états de choses ; lui demander d'agir pour transformer l'état de choses actuel (injonctions, souhaits). Ceci s’exprime par différentes modalités de phrase allocutives : les modalités du savoir (ou modalités épistémiques) – assertion et interrogation – et les modalités subjectives – injonction et interdiction, souhait et regret. Voir Chapitres 5-7.

5. Dans les énoncés à modalité épistémique, il peut manifester divers points de vue sur le procès en réalisant une évaluation intellective (certitude, probabilité, possibilité, irréalité). Voir Chapitre 8.

6. Le locuteur peut aussi rapporter des paroles d'une autre personne. Voir Chapitre 9.

  1. L’ENTREE EN COMMUNICATION

  1.1 Le salut

L'équivalent de notre « bonjour » est xai=re. Il signifie littéralement « réjouis-toi » (impératif de xai&rein « se réjouir »). Il s’emploie quel que soit le rapport social entre les locuteurs, qu’il soit familier ou non. C’est ainsi que s’ouvre l’échange entre Médée et le roi Egée, qui ne se connaissaient pas :

- Mh&deia, xai=re. […] -  }W xai=re su&, pai= sofou= Pandi&onoj, Ai)geu=.

 (Euripide, Médée, 663 et 665)

-  Médée, bonjour.  - Bonjour, fils du sage Pandion, Egée.

On peut renforcer la formule par polla_ :

- Xai=re polla_ su&.  - Réjouis-toi beaucoup.  (Ménandre, Samienne, 169)

Xai=re sert aussi de formule de salutation lors de la séparation. La formule est employée même pour des adieux conflictuels, par exemple par un homme qui renvoie une courtisane dont les manigances l’ont dépouillé de ses biens :

a)lla_ xai=re kai_ a!piqi. Eh bien, bonsoir et va t’en.  (Alciphron, 2, 6, 2)

Ceci montre à quel point le sens premier s’était voilé au profit de la valeur de salut.

Au moment de la séparation, on peut employer aussi e!rrwso « porte-toi bien », mais on l’observe surtout comme formule épistolaire finale, par exemple dans la Cyropédie de Xénophon (4, 5, 33), le roman de Chariton (8, 4, 8) ou le Dyscolos de Ménandre (vers 213).

  1.2 L’interpellation

Il existe une interjection particulière pour héler de loin quelqu'un : w)h& « ohé ! »

Pour s'adresser à quelqu'un que l'on voit près de soi, on emploie souvent le pronom démonstratif ou{toj, au lieu du pronom de deuxième personne su& (parfois les deux : ou{toj su&) :

Ou{toj, ti& poiei=j ; Hé toi ! Que fais-tu ? (Aristophane, Nuées, 723) 

!Iqi ou{toj, a)nabo&hson au)to&n moi me&ga  (Aristophane, Nuées, 220)

Va, toi, appelle-le-moi bien haut !

BD. ou{toj su&, poi= qei=j;  FI.  e0pi\ kadi/skouj.  (Aristophane, Guêpes, 854)

BD. Hé toi ! Où cours-tu ? PHI. Chercher les urnes.

  1.3 L’apostrophe

  1.3.1. Le vocatif et ses substituts

1.3.1.1. Par apostrophe, nous entendons l'interpellation initiale, qui inaugure l'échange conversationnel, et toutes les reprises, ponctuant le dialogue, d'un nom au vocatif désignant l'interlocuteur, qu'il s'agisse de son nom propre, d'une périphrase (« ô fils de... ») ou d'un terme amical : w} fi&le ou w} me&le (Aristophane, Paix, 137) « mon cher » ou l'expression familière w} ta=n « mon bon » (Aristophane, Guêpes, 373).

1.3.1.2. Un nom ou une expression en apostrophe prend la forme du cas vocatif (le vocatif sert uniquement pour apostropher) ou, s’il n'y a pas de forme particulière pour le vocatif, la forme du cas nominatif.

Il n’existe des formes particulières pour le vocatif qu’au singulier, et seulement pour les déclinaisons suivantes :

-  masculins de 1e déclinaison : neani&a, de&spota.

-  2e déclinaison : -e (c’est la voyelle thématique, qui partout ailleurs est un o).

-  dans la 3e déclinaison, pour les radicaux en nasale (dai=mon) ou en voyelle (Zeu=, basileu=, grau=...)

La plupart de ces formes de vocatif sont des radicaux dépourvus de toute marque casuelle.

Certaines formes de vocatif ont une particularité accentuelle inhabituelle : l'accent peut se trouver plus éloigné de la fin du mot que d'habitude (autant que le permet la loi de limitation), ce qui montre que, pour ce cas, l'intonation est différente : de&spota, a!delfe, a!ner, pa&ter.

Pour le pronom personnel de deuxième personne, la forme su& est la forme du vocatif.

  1.3.2. Le w} d’apostrophe

Une expression au vocatif (ou au nominatif) exprimant l’apostrophe est souvent précédée de w} :

w} xai=re, pre&sbu (Eschyle, Suppliantes, 602) « ô, salut! vieillard »

À Athènes, c'est la formulation polie entre égaux (w} a!ndrej dikastai&  « (ô) juges »), w} fi&le « ami » ou w} me&&le « mon cher ».  On ne l'emploie pas lorsqu'on s'adresse à un esclave (vocatif pai=, au pluriel pai=dej). Lorsque la particule d'apostrophe w} précède le nom pai=, c'est que ce nom ne désigne pas un esclave mais un enfant ; comparer :

w} pai=, ge/noio patro_j eu)tuxe/steroj  (Sophocle, Ajax, 550)

Puisses-tu, mon enfant, être plus heureux que ton père.

a)lla&, pai=, labe\ to_ bibli/on kai\ le/ge  (Platon, Théétète, 143 c)

Allons, petit, prends le livre et lis.

On ne l’emploie pas non plus si on doit s’adresser à son adversaire pendant un procès. Son omission s'observe chez Platon lorsque le locuteur manifeste du mépris ou de l'ironie. Dans le Banquet, où les convives s'interpellent toujours en usant de l'interjection d'interpellation devant le nom propre, il n'y a qu'Alcibiade qui soit assez désinvolte pour utiliser des vocatifs sans w} pour s'adresser à ses amis, lorsqu'il fait son entrée, complètement ivre (212d-213e).

Dans la langue homérique, pour s'adresser à un supérieur, l’usage poli est de ne pas employer w} ; en revanche entre égaux, ou quand le ton est familier, on emploie w} devant le vocatif.

Les auteurs de tragédie imitent souvent l'usage homérique. Ainsi lorsque Ulysse s'adresse à Néoptolème sur un ton solennel en lui disant : )Axille/wj pai=, dei= s' e0f' oi[j e0lh&luqaj gennai=on ei]nai « fils d'Achille, il te faut de la noblesse » (Philoctète, 50), il n'emploie pas w} ; lorsque Polyxène s'adresse avec dignité à sa mère, la reine Hécube, elle ne l'emploie pas non plus (Euripide, Hécube,177, 184, 191, 372, 402) ; mais lorsqu'elle lui parle avec une vive émotion, elle l'emploie (197-198, 409 w} fi&lh moi mh=ter « ô mère que j’aime », 414 w} mh=ter, w} te&kousa « ô mère, toi qui m’enfantas »).

  1.3.3. w} d’apostrophe (ô) ou interjection w! (oh !)

L'interjection w! (oh !) s’emploie souvent au début d’un énoncé exclamatif :

w!, th=j a)maqi&aj (Ménandre, Dyscolos, 498) Oh ! la sottise !

w!, i!te (Euripide, Hécube, 1092) Oh ! venez !

w!, pro_j qew=n, u#peike (Sophocle, Ajax, 371) Oh ! au nom des dieux ! cède !

Cette interjection peut parfois s’employer dans une formule d’interpellation, auprès d’un impératif, ou précédant une forme de nominatif ou même de vocatif :

w!, xai=re lampth&r …(Eschyle, Agamemnon, 22) Oh salut ! flambeau … !

w!, nukto_j o!yij e)mfanh_j e)nupni&wn (Eschyle, Perses, 518)

Oh ! Trop claire vision de mes songes nocturnes!

Il est parfois difficile de savoir si l'on a affaire au w}d’apostrophe (ô) ou à l'interjection w!(oh !). Qu’en est-il dans un énoncé comme w qa&nate qa&nate« ô / oh ! mort mort ! » (Sophocle, Philoctète, 797) ?  Et dans les énoncés où elle précède une insulte :

w ponhre& (Aristophane, Guêpes, 214) « ô/oh coquin ! », w a)no&hte (Aristophane, Guêpes, 262) «ô/oh imbécile ! », w ma&taie (Aristophane,Guêpes, 338) « ô/oh insensé ! ».

Dans les cas où il y a doute, si le même texte est donné par plusieurs manuscrits, il arrive qu'on lise indifféremment l'une ou l'autre de ces formes.

  2. LOCUTEUR ET INTERLOCUTEUR

Le locuteur est l’émetteur du discours, c’est-à-dire d’un énoncé inséré dans une situation d’énonciation. Tout discours s’adresse à un interlocuteur (ou plusieurs).

 Il arrive qu’il n’y ait pas de marques du locuteur ni de la situation d’énonciation, soit parce que l’énoncé a une valeur générale, soit parce que le locuteur raconte une histoire dans laquelle il n’intervient pas, ni comme personnage, ni comme narrateur qui la présente ou la commente. Mais même dans ces cas d’absence de marques, il y a un locuteur, un interlocuteur et une situation d’énonciation.

  2.1 Les pronoms personnels

Je

e)gw&

 

Tu

su&

Nous

h(mei=j

 

Vous

u(mei=j

Le pronom personnel de première personne « du singulier » (e)gw& je) est le pronom qu'emploie le locuteur pour se représenter dans l’énoncé ; et il représente son interlocuteur par le pronom de deuxième personne « du singulier » (su& tu).

Déclinaison des pronoms personnels

  2.1.1. Choix de la personne et du nombre

Les personnes dites du pluriel ne sont pas de vrais pluriels des formes du singulier, ce sont des formes qui correspondent à l'association du locuteur ou de l'interlocuteur avec d'autres personnes : nous est un je dilaté, vous est un tu dilaté. Ainsi, nous = je + tu ouje + il(s) ou je + vous, et vous = tu + tu + … ou tu + il(s). Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que ces pronoms, en grec comme dans beaucoup d’autres langues, soient conçus sur des radicaux différents au singulier et au pluriel : e)gw& vs h(mei=j, su& vs u(mei=j.

Il peut arriver (surtout en poésie et dans les tragédies) qu'un locuteur décide de parler de lui-même à la première personne du pluriel. Il est exceptionnel – mais possible – qu’il se parle à soi-même en se disant tu :

du&sthn', e0mauth_n ga_r le/gw le/gousa se/,

9Eka&bh, ti/ dra&sw; po&tera prospe/sw go&nu

0Agame/mnonoj tou~d' h2 fe/rw sigh~| kaka&;

 (Euripide, Hécube, 736-738)

Toi, malheureuse – et c’est moi que je dis en disant toi – toi, Hécube, que faire ? Tomberais-je aux genoux d'Agamemnon ? Porterai-je en silence mes malheurs ?

En grec, tu peut aussi avoir un emploi générique, dans un énoncé à valeur générale: le pronom personnel tu représente alors un sujet universel (= « on ») :

ei!poij a@n on dirait … (= tu dirais…)

do&caij me\n a2n w3j ti fronou~ntaj au)tou_j le/gein  (Platon, Phèdre, 275d)

On croirait (= tu croirais) qu'ils (= les discours écrits) parlent comme s'ils pensaient.

  2.1.2. Les pronoms réfléchis

Ce sont des formes particulières de pronoms personnels, renforcées par le déterminantau)to&j « même (le N) », qui s'est soudé avec elles au singulier (cf. français moi-même) :

 

singulier

pluriel

1e

e)mauto&n

h(ma=j au)tou&j

2e

seauto&n ou sauto&n

u(ma=j au)tou&j

3e

e(auto&n, au(to&n

e(autou&j ou sfa=j au)tou&j

Attention :au(to&n a un esprit rude parce que c’est la forme contractée dee(auto&n.

Déclinaison de au)to&n

Ils sont employés dans des situations d'anaphore particulière : ils renvoient soit au sujet de la proposition dans laquelle ils se trouvent, soit au sujet de la proposition dominante. Le pronom réfléchi peut parfois renvoyer non au sujet de la proposition mais à l'agent du verbe.

Lorsqu’ils renvoient au sujet de la proposition dans laquelle ils se trouvent, c’est la réflexivité directe. Elle est obligatoire pour les trois personnes, mais il arrive que le réfléchi de la troisième personne soit employé à la place des réfléchis de première ou deuxième personne.

Gnw=qi seauto&n

Connais-toi toi-même.

Dei=con sauto_n toi=j qeatai=j  (Aristophane, Nuées, 889)

Montre-toi aux spectateurs.

Ti& a)gaqo_n e)rga&sh| sauto&n ;  (Platon, Critias, 52a)

Quel bien te feras-tu à toi-même ?

Il y a réflexivité indirecte, c'est-à-dire renvoi au sujet de la proposition dominante, lorsque le la proposition subordonnée exprime les paroles, la pensée ou la volonté du sujet de la principale ; c'est en particulier le cas dans les propositions infinitives qui dépendent de verbes signifiant « dire », « penser », « vouloir » :

)Edei=to& mou suggnw&mhn e!xein au(tw=|  (Isocrate, Trapézitique, 18)

Il me suppliait de lui pardonner.

Dans ce cas, le marquage par le pronom réfléchi est usuel pour la troisième personne mais rare pour la première et la deuxième personne.

  2.2 Les terminaisons personnelles des verbes

  2.2.1. Des terminaisons personnelles bien différenciées

Les verbes à un mode personnel ont, en grec comme en français, trois personnes au singulier et trois personnes au pluriel (le grec a aussi un troisième nombre, le « duel », qui est employé pour représenter un couple de personnes, aux 2e et 3e personnes). Aux deux premières personnes, les référents sont les mêmes que pour les pronoms personnels. Par la troisième personne, le locuteur désigne ce dont il parle. Toutes les terminaisons personnelles sont différentes.

  2.2.2. Pronoms personnels et désinences personnelles

Cette différenciation va de pair avec le fait que la forme verbale à elle seule, sans pronom personnel sujet (ceci est différent du français ou de l’anglais) indique la personne qui est sujet. Quand un pronom au nominatif accompagne le verbe, il marque une emphase sur le sujet (« moi, je ») ou une opposition entre sujets (« moi, je…, mais toi, tu … »)

  2.2.3. Personne et voix

Il y a trois voix en grec : l'actif et le passif (de même définition qu'en français) et le moyen.

Les terminaisons dites « de personne » associent à la marque de la personne la marque de la voix. Les catégories de la voix et de la personne verbale entretiennent un rapport étroit : la voix permet d’indiquer comment le sujet du verbe, qui est marqué par la personne verbale, est affecté par le procès exprimé par le verbe (voir Les oppositions de voix). Ainsi, la voix moyenne indiquant que le sujet est intéressé, d’une façon ou d’une autre, au procès exprimé par le verbe, la terminaison de première personne au moyen signifie souvent à peu près « Je … pour moi », la seconde « tu … pour toi »…

Voici quelles sont les principales oppositions possibles entre l'actif et le moyen :

Actif

 

Moyen

   

lou&w ti

je lave

quelque chose

lou&omai

je me lave

moyen « réfléchi »

ai)tw= ti

je demande

quelque chose

ai)tou=mai

je demande

pour moi

sujet = bénéficiaire

dapanw=

je dépense

dapanw=mai

je dépense

mon argent

l’action s’exerce

sur un objet

appartenant au sujet

         

a)pogra&fw

je dresse

une liste

a)pogra&fomai

je fais dresser

une liste

moyen « factitif »

danei&zw

je prête

danei&zomai

je me fais prêter

moyen « permissif »

o!llumi

je fais périr

o!llumai

je péris

actif « factitif »

pau&w

je fais cesser

pau&omai

je cesse

actif « factitif »

  2.2.4. Terminaisons primaires et secondaires

De plus, en grec, il y a deux séries de terminaisons de personnes variables en fonction des temps et des modes : l'une, la série primaire, est employée pour les temps présent et futur, ainsi que pour le mode subjonctif, l'autre, la série secondaire, est employée pour les temps du passé ainsi que pour le mode optatif (voir morphologie des terminaisons verbales).

Avec la série primaire, le locuteur envisage l'événement désigné par le verbe comme réel ou devant très probablement se réaliser : événement à venir, événement probable (voir § 8.2.3) ou ordonné (voir § 7.1). Avec la série secondaire, il l'envisage comme inactuel (événement passé) ou risquant de ne pas se réaliser : événement possible (voir § 8.2.4) ou souhaité (voir § 7.2). En effet, on ne formule un désir sous la forme d’un ordre que si celui qui le reçoit est en état de le réaliser et dans une situation où il peut difficilement refuser de le faire ; sinon, on le formule sous la forme plus adoucie d’un souhait.

  3. LES DEICTIQUES

  3.1 Les déterminants-pronoms démonstratifs

  3.1.1 La deixis

Grâce aux déterminants démonstratifs en emploi déictique, le locuteur peut assurer la désignation d'un objet de la situation d'énonciation en le situant comme proche ou comme éloigné de lui, ou sans préciser sa localisation :

o(rw= to&nde to_n a!nqrwpon

Je vois cet homme-ci.

Proximité

a)kou&w e)kei&nou tou= a)nqrw&pou po&rrw

J'entends cet homme-là au loin

Éloignement

ou) filw= tou=ton to_n a!nqrwpon

Je n'aime pas cet homme.

Non-localisation

En emploi pronominal, les démonstratifs assurent les mêmes désignations :

o(rw= to&nde

Je vois celui-ci.

Proximité

po&rrw a)kou&w e)kei&nou

Au loin j'entends celui-là

Éloignement

tou=ton ou) filw=

Je n'aime pas celui-là.

Non-localisation

Morphologie des démonstratifs

Syntaxe des démonstratifs

Voici quelques énoncés d’auteurs illustrant ces emplois déictiques :

(1)  Au début du Protagoras, un jeune homme, Hippocratès, fait intrusion dans la maison de Socrate avant l'aurore, tant il est pressé de lui annoncer l'arrivée de Protagoras :

kai_ e)gw_ th_n fwnh_n gnou_j au)tou= -  (Ippokra&thj, e!fhn, ou{toj.

(Platon, Protagoras, 310b)

Et moi, reconnaissant sa voix, je dis : - mais c'est Hippocratès (= celui-ci est Hippocratès).

(2)  Un plaideur présente un texte de loi au greffier et lui demande de le lire :

)Ana&gnwqi de& moi kai_ tou=ton to_n no&mon. (Lysias, 1, 31)

Lis-moi aussi cette loi.

(3)  Lors de l'examen préalable à l'installation d’Evandros comme archonte, un ami du précédent postulant, Léodamas, qui avait été invalidé pour ses actions antidémocratiques vingt ans plus tôt, accuse Evandros de ne pas avoir été moins compromis que celui-ci auprès des oligarques.

Lewda&manti1 ga_r sumfe/rei tou~ton2 dokimasqh~nai: u(mi=n de\ to&nde2 a)podokima&sai, do&cete ga_r ka)kei=non1 dikai/wj a)podokima&sai: e0a_n de\ mhde\ to&nde2, ou)d' e0kei=non1 dikai/wj.  (Lysias, 26, 15)

L’intérêt de Léodamas1 est de vous voir accepter Evandros2 ; le vôtre, c'est de rejeter cet homme2 – vous paraîtrez en effet avoir eu raison de rejeter aussi le premier1  -, mais si vous ne refusez pas celui-ci2, il n’est pas juste non plus d’avoir rejeté celui-là1.

Cet énoncé illustre clairement l'opposition des sémantismes déictiques de o#de et e)kei=noj : le personnage qui comparaît, Evandros, est désigné par le déictique de proximité ; celui qui a été invalidé quelque temps auparavant est désigné par le déictique d'éloignement.

(4)  Ce qui fait l'objet d'une référence déictique dans l’énoncé suivant, ce sont des paroles prononcées à l'instant opposées à des paroles antérieures. Cette fois, les unes sont désignées par le démonstratif non localisant, les autres par le démonstratif d'éloignement :

cumbai/nei ga_r kai\ tau~ta1 toi=j pro_ tou~2 kai\ e0moi\ shmei=a tau~ta1 me_n e0kei/nwn2 e0sti/n, e0kei=na2 de\ tou&twn1 i9kana&. (Lysias,  8, 9)

En effet, ces paroles1 concordent avec celles d'avant2, et pour moi elles1 sont les preuves suffisantes de celles-là2, et celles-là2 de celles-ci1.

  3.1.2. Deixis et anaphore

Il est important d’avoir bien conscience qu’à côté de cet emploi déictique, les démonstratifs, en grec comme en français, peuvent assurer aussi un renvoi à l'intérieur du discours (anaphore).

Les démonstratifs peuvent renvoyer à une mention précédente de personnes ou de choses dont on a parlé – ce qui est l'emploi habituel de l’anaphorique au)to&n – lorsque le locuteur veut insister sur cette mention. Le démonstratif le plus fréquemment employé est alors ou{toj.

Les démonstratifs peuvent aussi renvoyer globalement à une idée qu’on vient d'exprimer ou à une idée qui va être exprimée. Pour le renvoi en amont, on emploie presque toujours tou=to / tau=ta (le pluriel neutre se prête bien à l’expression de cette globalité) ; pour l'annonce d'un propos qui suit immédiatement, on emploie le plus souvent to&de / ta&de (en réalisant un usage non déictique du sémantisme de proximité).  )Ekei=noj n’est presque jamais employé dans ce cas.

ei) d ) h}n dhmo&thj, ou) di&kaioj dia_ tou=to bla&ptesqai& e)stin o( path&r

(Lysias, 20, 12)

S'il est vrai qu'il était du même dème [que mon père], il n'est pas juste de causer du tort à mon père pour cela (= parce qu'il était du même dème).

a)ll' w(j ou)k a)pe/grayen ou)de\ oi9 a1ndrej teqna~si, peri\ tou&twn keleu&ete au)to_n a)pologei=sqai

(Lysias, 13, 89)

… mais, sur le fait qu’il ne les a pas dénoncés et que les hommes ne sont pas morts, ordonnez-lui de répondre à ce sujet.

ou) ga_r tou~to lu&ein e0sti\ ta_ sugkei/mena, ei0  0Andoki/dhj e3neka tw~n i0di/wn a(marthma&twn di/dwsi di/khn.  (Lysias, 6, 41)

Ceci n'est pas violer les conventions, si Andocide est puni à cause de ses crimes personnels.

Ce rôle de renvoi anaphorique global est très souvent le sens de certains groupes pronominaux prépositionnels placés en tête de phrase : ils reprennent l'ensemble des idées précédemment énoncées pour permettre soit un nouveau développement à leur sujet (peri_ tou&twn « au sujet de cela »), soit l'introduction d'une donnée supplémentaire dans la même ligne que les précédentes (pro_j tou&toij « outre cela »), soit la poursuite du récit par l'exposé d'un événement ultérieur (meta_ tau=ta « après cela »), soit l'établissement d'une liaison causale (dia_ tau=ta « à cause de cela »).

Il peut y avoir des cas ambigus où l’on hésite entre deixis et renvoi à l'intérieur du texte :

kai\ tau~ta pro_j tou&touj h(ma~j diaba&llein ou4j pro_j h(ma~j au)tou_j dieba&llete.  (Lysias, 8, 3)

… et nous calomnier auprès de ces gens que vous calomniez vous-mêmes auprès de nous (si la relative est déterminative, le démonstratif est cataphorique).

… et nous calomnier auprès de ces gens, que vous calomniez vous-mêmes auprès de nous (si la relative est appositive, le démonstratif est déictique).

En français, la virgule (signe d’une pause à l’oral) fait la différence ; en grec, la pause à l’oral devait se faire, mais la ponctuation n’existait pas à l’époque de Lysias pour le noter.

  3.2 Les adjectifs à constituant démonstratif

Les adjectifs signifiant « tel » (toiou=toj, toio&sde) ou « autant » (tosou=toj, toso&sde) sont aussi des démonstratifs qui assurent une désignation soit déictique soit contextuelle, en accord avec leur morphologie (ils ressemblent en partie à ou{toj et o#de, voir morphologie des adjectifs à constituant démonstratif) :

Kai_ e)gw_ me_n tosautasi_ polia_j e!xw o#saj u(mei=j o(ra=te, a)llou)k e)kei=noj (Eschine, 1, 49)

Et moi j’ai autant de cheveux gris que vous en voyez, mais ce n’est pas le cas de cet homme-là [désignation déictique, renforcée par le suffixe –i_]

Xili&ouj kai_ diakosi&ouj i(ppe&aj katesth&samen kai_ toco&taj tosou&touj (Eschine, 2, 174)

Nous avons équipé mille deux cents cavaliers et autant d’archers. [désignation contextuelle  en amont]

Nau=j tosau&taj e!labon o#saj au)toi_ pare&dosan  (Lysias, 12, 39)

Ils ont pris autant de vaisseaux qu’eux-mêmes en ont livré. [désignation contextuelle  en aval, vers le corrélateur relatif]

  3.3 Adverbes spatiaux

Quand la localisation s'effectue par rapport au locuteur, celui-ci peut désigner un objet comme situé loin ou près de lui, ou simplement le désigner.

Cette désignation se réalise souvent grâce à des adverbes de désignation spatiale déictique :

  -deu=ro « ici » est réservé à la deixis de proximité.

  - La plupart sont des adverbes qui comportent un morphème démonstratif (-de de o#de, -tau- de tau=ta, e)kei- comme dans e)kei=noj). Ils s'organisent en un système associant les différentes valeurs démonstratives à l'opposition entre lieu où l'on est, lieu où l'on va et lieu d'où l'on vient :

o( de_ e#teroj ei)j Ko&rinqon me_n e)nteuqeni_ a)ndra&podon e)ch&gagen, e)kei=qen de_ paidi&skhn au}qij e)ca&gwn a(li&sketai. (Lysias, 13, 67)

L’autre a emmené d’ici à Corinthe un esclave, et il est pris en train de ramener de là-bas une jeune fille.

tou)nteu=qen de_ e)pi _  )Indou_j e!rxomai. (Xénophon d’Ephèse, 4, 3, 3)

<C’est> d’ici <que> je pars pour l’Inde.

 

Lieu où l’on est

Lieu où l’on va

Lieu d’où l’on vient

             

adv. de proximité

e)nqa&de, deu=ro

ici

e)nqa&de

ici

e)nqe&nde

d’ici

adv. d'éloignement

e)kei=

e)kei=se, e)kei=

e)kei=qen

de là

adv. spatialement

e)ntau=qa

ici/là

e)ntauqoi=

ici/là

e)nteu=qen

d’ici/de là

neutre

   

e)ntau=qa

     

Les adverbes de la troisième ligne sont neutres par rapport à l'opposition proximité / éloignement; on les trouve appliqués aussi bien à des lieux que le locuteur considère comme proches de lui (le lieu même où il parle, ou plus largement, la cité où il vit) qu'à des lieux qu’il considère comme distincts de sa sphère d'énonciation.

On trouve aussi, pour repérer un lieu par rapport au locuteur, des groupes nominaux comportant une détermination démonstrative déictique, comme e)n th|=de th|= po&lei « dans cette ville-ci ».

Ces adverbes et groupes nominaux peuvent être utilisés aussi anaphoriquement : ils renvoient alors à une précédente mention dans le discours.

h|!eimen e)p )   !Argoj kai_ Ko&rinqon, ka)kei=qen e)pleu&samen ei)j Sikeli&an

(Xénophon d’Ephèse, 5, 1, 8)

Nous allâmes sur Argos et Corinthe, et de là nous naviguâmes vers la Sicile.

Les adverbes au)tou= ou au)to&qi « à l'endroit même »,au)to&qen « de l'endroit même », au)to&se « vers l'endroit même », ne sont pas des démonstratifs, ils ne désignent pas.  Mais ils s'interprètent néanmoins par rapport à une mention antérieure dans le texte, comme les démonstratifs anaphoriques, ou par rapport à un endroit présent et désigné, comme les déictiques.

w(rmi/santo dh_ katantikru_ th~j 0Attikh~j u(po& tina xhlh&n: phgh_ de_ h}n au)to&qi pollou= kai_ kaqarou= na&matoj. (Chariton, 1, 11, 4)

Ils jetèrent l’ancre juste en face de l’Attique, à l’abri d’un promontoire ; il y avait à cet endroit même une source au courant pur et abondant.

  3.4 Adverbes temporels

Les adverbes de datation déictiques repèrent le procès par rapport au moment de l'énonciation, tandis que les adverbes de datation de la chronologie relative repèrent le procès par rapport à un autre moment du récit :

Datation déictique

(par rapport au moment de l'énonciation) 

 

Datation relative

(par rapport à un repère)

coïncidence avec le moment

de l'énonciation

nu=n,

nuni&

a!rti

maintenant,

à l'instant

 

coïncidence avec le repère

to&te

alors

coïncidence avec

le laps de temps où se trouve le moment

de l'énonciation

th&meron

aujourd'hui

 

coïncidence des

laps de temps où se trouve le repère

thnikau=ta

à ce

 moment-là

antériorité par

rapport au moment

de l'énonciation

newsti&

(e))xqe&j

prw&hn

pa&lai

récemment

hier

avant-hier

autrefois

 

antériorité

par rapport

au repère

h( proterai&a

pro&teron

la veille

auparavant

postériorité par

rapport au moment

de l'énonciation

au!rion

demain

 

postériorité

par rapport

au repère

u#steron

h( u(sterai&a

e(ch=j

plus tard

le lendemain

ensuite

Des groupes nominaux compléments de temps comportant des démonstratifs en emploi déictique peuvent exprimer la datation par rapport au moment de l'énonciation :

e0mauto_n de\ bebi&wka me/xri th~sde th~j h(me/raj e0pai/nou ma~llon a1cion h2 fqo&nou :

(Lysias, 24, 1)

J'ai vécu jusqu'à ce jour plus digne d'éloges que d'envie (ce jour où nous sommes : deixis de proximité, d’où o#de).

kai\ e0c e0kei/nou tou~ xro&nou tetta&rwn e0tw~n parelhluqo&twn, ou)de/n moi pw&pote e0neka&lesen ou)dei/j. (Lysias, 3, 19)

Et alors que, depuis ce temps-là, quatre ans se sont écoulés, pas un n'a encore porté plainte contre moi (ce temps révolu depuis quatre ans : deixis d’éloignement, d’où e)kei=noj).

Des groupes nominaux compléments de temps comportant des démonstratifs en emploi anaphorique peuvent exprimer la chronologie relative. Soit ils renvoient globalement au moment des événements précédemment évoqués : e)kei&nh| th|= h(me&ra| (Thucydide, 1, 20, 2) « ce jour-là », e)kei&nw| tw|= e!tei (Xénophon, Helléniques, 4, 5, 2) « cette année-là »). Soit le démonstratif annonce une relative déterminative :

Tau&th| me_n th|= h(me&ra| h|{ e)k th=j Melitei&aj a)fw&rmhsen, e)j Fa&rsalo&n te e)te&lese.

 (Thucydide, 4, 78, 5)

Ce jour où il quitta Méliteia, il atteignit Pharsale.

  3.5 Adverbes de manière

L'adverbe déictique de manière le plus usuel est ou#twj (ou ou#tw) « ainsi, de cette façon ».

Dans la pièce de Sophocle (Philoctète, 1067) apparaît clairement un emploi déictique : au moment où Ulysse et Néoptolème abandonnent Philoctète après lui avoir dérobé son arc de façon déloyale, Philoctète, qui avait sympathisé avec Néoptolème et n’arrive pas à croire à la réalité de la situation, lui dit : a)llou#twj a!pei ; « alors tu t’en vas ainsi ? ».

Cependant, dans les textes, ce sont les emplois anaphoriques de ou#twj qui sont les plus nombreux. On lit assez souvent des questions comme }H ou)x ou#twj ; « N’en est-il pas ainsi ? » (par exemple, Platon, République, 551b),  ou des réponses comme  Ou#twj « Il en est ainsi » (par exemple, Xénophon, Economique, 1, 9), où l’adverbe renvoie à la situation précédemment décrite.

A l’inverse, dans une phrase complexe à proposition subordonnée comparative ou consécutive, ou#twj sert souvent de terme qui annonce ou qui résume cette subordonnée ; sa valeur n'est pas dans ce cas déictique mais anaphorique.

-  annonciateur de proposition comparative (celle-ci est introduite par w#sper):

kai\ ou3tw tugxa&nw bebiwkw_j me/xri tau&thj th~j h(me/raj w3sper prosh&kei tou_j eu)sebei=j kai\ qeofilei=j tw~n a)nqrw&pwn

(Isocrate, Echange, 322)

Et il se trouve que j’ai vécu jusqu’à ce jour comme il convient < que vivent > les hommes pieux et amis des dieux.

-  annonciateur de  proposition consécutive (celle-ci est introduite par w#ste) :

ou3twj w|)kou~men dhmokratou&menoi w3ste mh&te ei0j tou_j a1llouj e0camarta&nein mh&te  u(po_ tw~n a1llwn a)dikei=sqai.

(Lysias, 12, 4)

Tant que nous étions en démocratie, nous vivions de façon à ne pas faire de tort aux autres et à ne pas en subir de la part des autres.

genome&nwn de_ Mousw=n kai_ fanei&shj w|)dh=j ou#twj a!ra tinej tw=n to&te e)ceplh&ghsan u(f )h(donh=j, w#ste a|!dontej h)me&lhsan si&twn te kai_ potw=n kai_ e!laqon teleuth&santej au(tou&j.

(Platon, Phèdre, 259b)

Quand les Muses furent nées et que le chant eut paru sur la terre, certains des hommes d’alors furent tellement transportés de joie qu’en chantant ils négligèrent nourriture et boisson et moururent sans s’en apercevoir.

Il existe aussi un adverbe de manière déictique formé sur le démonstratif de proximité, w{de « ainsi, de la façon que voici » . Cependant, l’adverbe w{de sert surtout, en emploi anaphorique, à annoncer ce qui suit immédiatement :

w{d' h)mei/yato : ou)k h}sq' i3n' h(mei=j   (Sophocle, Philoctète, 378)

Il répondit ainsi : « tu n'étais pas où nous étions ».

  3.6 Le suffixe déictique –i&

Il peut s’ajouter aux trois démonstratifs ou{toj, o#de et e)kei=noj mais il n’est réellement fréquent qu’avec ou{toj : les formes deviennent alors ou(tosi&, o(di&, e)keinosi&. Il peut suffixer également les adjectifs signifiant « tel » (toioutosi& …) et les adverbes déictiques : on trouve ainsi nuni& à côté de nu=n (« maintenant »), deuri& à côté de deu=ro « ici ». Ce suffixe a un rôle énonciatif déictique ; de ce fait, il est exclu que l’emploi du démonstratif soit anaphorique, ou que nu=n ait le sens « en réalité ».

Xw&rei deuri&  (Aristophane, Nuées, 889)  Avance ici.

  3.7 Le présentatif  i)dou& « voici »

Ce dérivé de l’impératif  i)dou=  « vois » s’emploie comme présentatif (« voici ») : il assure la présentation déictique d’un objet :

MY.   0Idou_ yi/aqoj. Kata&keiso. (Aristophane, Lysistrata, 925)

My- Voilà une natte. Couche-toi.

Cet objet présenté aux regards de l’interlocuteur est exprimé par un syntagme au nominatif.

)Idou= assure aussi la présentation déictique d’un acte :

KI.  Do&j moi/ nun ku&sai.  MU.   0Idou&. (Aristophane, Lysistrata, 925)

KI- Donne-moi un baiser.  MY- Voilà.

XA. Ou1koun kaqedei= dh~t' e0nqadi/, ga&strwn ; DI.  0Idou&.  

 (Aristophane, Grenouilles, 200)

CHA- Veux-tu bien t'asseoir ici, ventru ?  DI- Voilà.

ou encore la présentation textuelle d’une expression en mention :

PA.  0Apolw~ se nh_ th_n proedri/an th_n e0k Pu&lou.

AL.  0Idou_ proedri/an.  (Aristophane, Cavaliers, 703)

PA - Je t'exterminerai, par la proédrie qui me vient de Pylos.

AL – Voyez ça, la proédrie.

  4. LA TEMPORALITE

 Le procès est situé par rapport au moment de l'énonciation grâce aux temps verbaux (voir § 4.1) et à certains adverbes de temps (voir § 3.4, 4.2 et 4.3).

  4.1 Les temps verbaux

La conjugaison grecque distingue quatre thèmes verbaux : le présent, le futur, l’aoriste, le parfait.

Le FUTUR est le seul thème verbal qui n’est affecté qu’à l’expression du temps (le temps futur) ; les autres thèmes verbaux ont d’abord une valeur aspectuelle et, dans certains cas, une valeur temporelle.

  4.1.1 Actuel, passé, avenir

Par rapport au moment où le locuteur parle, certains procès sont concomitants, d'autres sont passés, d'autres à venir. Les procès concomitants sont assertés à l'indicatif au temps présent, les procès antérieurs aux temps du passé (imparfait ou aoriste de l'indicatif),  les procès postérieurs au futur.

À la différence du français, le grec ne peut pas marquer le rapport temporel entre deux procès situés tous les deux dans le passé (ou dans l'avenir) alors que le français peut opposer avec cette valeur le plus-que-parfait au passé composé, le futur antérieur au futur.

  4.1.2 Valeurs temporelles et valeurs aspectuelles

  4.1.2.1 Valeurs aspectuelles

L'aspect est la manière dont le locuteur envisage le déroulement du procès dans le temps.

Il y a plusieurs temps au passé de l’indicatif  car il est important de pouvoir préciser comment les événements ont eu lieu, et donc de prendre en compte les différences aspectuelles. L'imparfait est employé lorsque l'action est envisagée dans son déroulement, l'aoriste lorsqu'elle ne l'est pas ; c’est, le plus souvent, à peu près la même différence qu’entre l’imparfait (duratif) et le passé simple en français.

e!lege: il était en train de parler  (aspect duratif ou PRESENT)

ei}pe  :  il parla  (aspect ponctuel ou AORISTE)

L'aspect duratif (imperfectif) saisit l'action dans le cours de son développement (l'action épouse le continuum temporel); processus ouvert, sans prise en compte de limites.

une action isolée est en cours de réalisation (être en train de) (progressif)

une suite de faits identiques se produit au cours du temps (itératif)

le locuteur montre l'effort du sujet pour réaliser le procès (essayer de) (conatif)

L'aspect ponctuel : pas de prise en compte des différentes étapes du déroulement de l'action:

une action se réalise de façon immédiate ou rapide : e)no&hse il tomba malade

une action isolée, occasionnelle, se produit au milieu d'actions prolongées ou répétées,

l'action est saisie à un moment précis de son développement : le début (aspect ingressif) ou la fin (aspect terminatif); dans ce dernier cas, elle marque souvent l'aboutissement des efforts du sujet (réussite ou échec) pour réaliser ce procès

De façon plus générale, quel que soit le mode, avec le thème de présent, le locuteur donne une épaisseur temporelle aux événements, ils sont présentés en cours de réalisation (d’où les valeurs progressive, durative, itérative et conative). Avec le thème d’aoriste, il mentionne l’événement comme un tout indivisible, cet événement est présenté comme une réalisation immédiate. Avec le thème de PARFAIT, il présente explicitement la réalisation du procès comme ayant abouti à un résultat : celui-ci découle soit de la fin de l’action (te&qnhke « il est mort » = « il a fini  d’être en train de mourir ») soit du début de l’action (pefo&bhmai « je suis plein d’effroi », l’état de terreur étant acquis dès le début de sa manifestation).

présent

 

non-

accompli

 

duratif

aoriste

   

non-duratif

parfait

 

accompli

  4.1.2.2 L’expression des temps

Les valeurs temporelles,  à l’indicatif, se combinent avec les valeurs aspectuelles de la façon suivante :

Thèmes verbaux

Valeurs temporelles

 

actuel

passé

avenir

         

présent

 

présent

imparfait

 

Futur

     

futur

aoriste

   

aoriste

 

parfait

 

parfait

plus-que-parfait

futur antérieur

Ainsi, l’imparfait est un duratif du passé, et l’aoriste un non-duratif du passé (comme le passé simple français) ; le parfait est un temps du présent qui relève de l’accompli, le plus-que-parfait est un passé de l’accompli.

Quand l’infinitif a valeur temporelle, par exemple dans le discours indirect, les combinaisons sont les suivantes :

   

ASPECTS

Temps des événements

       

présent

 

non-

accompli

duratif

de l’actuel et du passé

aoriste

 

non-duratif

du passé

FUTUR

   

de l’avenir

parfait

 

accompli

de l’actuel

Les correspondances sont les mêmes pour l’optatif oblique, qui est, lui aussi, un emploi de transposition en discours indirect.

  4.1.3 A quels modes les temps ont-ils ces valeurs temporelles ?

Seul le mode indicatif, qui sert à exprimer des assertions, a de façon presque constante des valeurs temporelles. La seule exception est l’emploi comme « indicatif modal » dans les phrases hypothétiques (voir § 8.2.5).

Le mode impératif est, lui, nécessairement dans l'actuel. C'est ce qui explique ses similitudes partielles de formes avec l'indicatif présent. Voir § 7.1.

Au subjonctif et à l’optatif (excepté l’emploi « oblique »), les temps verbaux ont des valeurs uniquement aspectuelles. Voir  § 7.1.2, 7.1.3 et 8.1.3.

Le choix des temps de l’infinitif selon les oppositions temporelles ou aspectuelles dépend du verbe qui le régit. L'infinitif n’a des valeurs temporelles que lorsqu’il transpose des indicatifs en discours indirect, par exemple en dépendance de verbes de parole ou de pensée (voir chapitre 9).

 Il en va de même pour le participe en dépendance d’un verbe signifiant « savoir » : le participe présent indique que les procès sont contemporains, le participe aoriste indique que le savoir porte sur un événement antérieur, le participe futur indique que le savoir porte sur un événement à venir. C’est la raison de l’existence du participe futur.

eu) d ) h|!dei ou) dunhso&menoj paradou=nai (Lysias, VI, 22)

Il savait bien qu'il ne pourrait pas le livrer.

qanoume&nh ga_r e)ch|&dh  (Sophocle, Antigone, 460)

Je savais parfaitement que je mourrais.

Dans la plupart des autres emplois du participe, ce sont les valeurs aspectuelles qui sont à prendre en compte.

Quand l’optatif se substitue à un autre mode dans un discours indirect dépendant d’un verbe de parole au passé, les temps employés ont aussi valeur temporelle : le choix du temps est le même que celui que l’on aurait eu en discours direct. Voir § 9.2.3 (l’optatif ‘oblique’)

  4.2 Adverbes de temps et valeurs aspectuelles et temporelles

  4.2.1 Nu=n et l’actuel

Le présent à valeur actuelle est évidemment compatible avec l’adverbe d’actualisation « maintenant ».

Il est cependant un emploi du présent qui, à la différence du temps présent qui énonce des événements actuels, ne peut pas être accompagné de l'adverbe de temps nu=n : c’est le présent de narration, qui peut être substitué, dans un récit, à un temps du passé pour rendre compte d'un événement ou d'un état de choses du passé. Il permet au narrateur de détacher certains événements importants de la trame du passé pour les mettre en valeur. C’est un procédé stylistique pour donner plus de présence à ces événements.

  4.2.1.   Les adverbes a)ei&, sunexw=j, e(ka&stote

Ces trois adverbes sont compatibles avec le présent, à cause de sa valeur durative, mais ils en soulignent trois réalisations différentes : le perpétuel (a)ei& « toujours »), le duratif (sunexw=j « continuellement »), l’itératif (e(ka&stote « à chaque fois »).

ei) ga_r h( fu&sij a)ei_ poiei= tw=n e)ndexome&nwn to_ be&ltiston ... 

(Aristote, Traité du ciel II, 5, 288a2)

Si la nature réalise toujours la meilleure des choses possible…

to_ kinou&menon a!ra a)ei_ kai_ sunexw=j  (Aristote, Métaphysique, 18, 1074a37)

Ce qui est mu d’un mouvement éternel et continu.

L’adverbea)ei_  peut exprimer l’itératif quand il est suivi de e)ch=j « successivement » :

kai_ a)ei_ e)ch=j o(moi&wj w(j a@n h( a)nalogi&a u(pa&rxh|  (Euclide, Eléments, 5, déf. 10)

Et chaque fois successivement selon la proportion qu’on aura.

ou s’il y a dans le contexte la comparaison de paires d’objets, ce qui induit une itération :

 tou_j krei&ttouj fi&louj a)fie&ntej a)ei_ tou_j h#ttouj ai(rou&meqa 

(Andocide, Paix, 28)

En matière d’amis, toujours (= chaque fois) nous abandonnons le fort pour choisir le faible.

C’est donc la différenciation aspectuelle qui est soulignée par ces adverbes, qui sont compatibles avec l’actuel aussi bien qu’avec le passé (le temps employé sera alors l’imparfait) ou parfois avec le futur.

  4.3 L’adverbe de temps h!dh

Cet adverbe s’emploie pour désigner un moment qui sert de limite pour un événement ou un processus. Ce repère peut être le moment de l’énonciation ou un moment du passé.

  4.3.1 Le moment de l'énonciation

Le moment de l'énonciation sert de limite pour un événement ou un processus qui s'est déroulé depuis un certain temps auparavant, ou qui commence au moment où le locuteur s'exprime pour s'étendre dans l'avenir sans limitation. L’adverbe h!dh se traduit habituellement par « déjà » ou « désormais ».

polla&kij h!dh tw=| plh&qei diekeleu&santo toi=j o#rkoij e)mme&nein  (Lysias, 25, 28)

Souvent déjà ils ont recommandé au peuple le respect des serments.

pa=si ga_r h!dh fanero&n e)stin o#ti …  (Lysias, 25, 27)

Il est clair désormais pour tous que …

On peut trouver cet adverbe accompagné de nu=n : nu=n h!dh « dès maintenant ».

  4.3.2  L'étendue de l'écart temporel

Il est parfois nécessaire d'indiquer en plus l'étendue de l'écart temporel entre le moment de l'événement et le moment de l'énonciation. On a alors des énoncés avec h!dh  tels que :

polu_n xro&non h!dh e)mou= kathgorh&kasin  (Platon, Apologie, 18c)

Depuis longtemps déjà ils m'ont accusé.

i!sasin h(ma=j h!dh tri&a e!th a)mfisbhtou=ntaj (Lysias, 17, 8)

Ils savent que depuis trois ans déjà nous sommes en procès.

ou avec un sens similaire, sans cet adverbe mais avec un démonstratif déictique (et un numéral ordinal pour quantifier la durée du processus) :

e))ch=lqon e!toj touti_ tri&ton ei)j Pa&nakton (Démosthène, C. Conon, 3)

Il y a deux ans, j'ai quitté Athènes pour Panacton (ceci est la troisième année que je suis parti à Panacton).

a)phgge&lqh tri&ton h@ te&tarton e!toj touti&... (Démosthène, Olynthienne 3, 4)

On annonça, il y a de cela deux ou trois ans... (la troisième ou la quatrième année).

Le fait que le moment de l'énonciation soit le repère est marqué par le pronom touti& ou l'adverbe h!dh, et la distance temporelle avec l'événement est indiquée par un accusatif d'extension. Le pronom touti& ou l'adverbe h!dh soulignent expressément que le moment de l'énonciation est inclus dans l'espace de temps que signifie le constituant à l'accusatif.

  4.3.3  Repérage par rapport à un moment du passé

  Si le repérage ne se fait pas par rapport au moment de l’énonciation mais par rapport à un moment du passé qui a été préalablement énoncé, h!dh « déjà » signifie « à partir de ce moment-là » (et non « à partir de maintenant ») ; il est souvent employé avec un autre adverbe de temps tel que to&te :  to&t  ) h!dh  « alors déjà » (Eschyle, Prométhée, 911).

  5. LES MODALITES ALLOCUTIVES: VUE D'ENSEMBLE

  5.1 Chaque phrase possède une modalité allocutive

Examinons cette traduction par P. Mazon des vers 220 à 235 du Philoctète de Sophocle et les modalités allocutives diverses qu’elle contient :

- Etrangers, qui êtes-vous? Comment, à la rame,

êtes-vous venus toucher ici à une terre sans mouillage,

sans habitants?

Quels sont donc le pays et le peuple dont je dois

prononcer le nom, si je veux rencontrer juste?

 

trois questions

Votre vêtement, au premier aspect, m’a bien l'air

de celui qui m'est cher entre tous, celui de la Grèce.

 

une  constatation

Mais c'est votre voix que je veux entendre.

 

une phrase assertive 

exprimant une volonté

Ne vous laissez pas troubler par la crainte ;

n'ayez pas peur d'un homme transformé en sauvage.

 

deux interdictions

Ayez plutôt pitié d'un malheureux, seul, abandonné,

sans amis.

 

un ordre

Il s'adresse à vous :

 

un constat

parlez-lui, si vous venez bien en amis.

Allons, répondez-moi.

 

deux ordres

- Eh bien ! Sache-le tout d'abord, étranger :

 

un ordre

oui, nous sommes des Grecs, puisque c'est là

ce que tu veux savoir.

 

une affirmation

Assertions, questions, ordres, interdictions, souhaits, toutes ces modalités s’ajoutent au contenu des énoncés pour manifester dans quelles intentions chaque locuteur les adresse à son interlocuteur.

  5.2 Modalités subjectives et modalités épistémiques

Lorsqu'il donne un ordre, le locuteur impose à son interlocuteur de réaliser une action. Par l'interdiction, le locuteur lui impose la non-exécution d’une action. Par l'injonction et l'interdiction, le locuteur implique l'interlocuteur (ou ‘allocutaire’) dans son acte d'énonciation et lui impose le contenu de son propos (on dit que ce sont des modalités énonciatives allocutives).

Les énoncés qui visent à indiquer les intentions du locuteur (donner un ordre,  formuler une interdiction, un souhait, un regret...) comportent une modalité subjective. Les modalités subjectives s'expriment le plus souvent en grec ancien par l'emploi des modes verbaux autres que l'indicatif.

Ces énoncés s’opposent aux énoncés par lesquels le locuteur émet des affirmations sur des états de choses ou pose des questions à leur sujet. Ici aussi, l’allocutaire est impliqué puisqu’il est le destinataire des affirmations ou que le locuteur attend de lui qu'il réponde aux questions. Ces énoncés comportent une modalité épistémique (il s'agit d’indiquer ou de demander si l’énoncé est vrai ou non) et ils utilisent le mode indicatif (ou ses variantes selon que le fait est plus ou moins certain).

  5.3 Divers degrés d’évaluation intellective dans les énoncés à modalité épistémique

Dans une assertion ou une question, le locuteur peut exprimer divers degrés de conformité de son énoncé  avec la réalité : soit l'énoncé est assurément réel, soit il est probable, soit il est possible, soit encore il est contraire aux faits avérés. L’expression de ces divers degrés sera détaillée au chapitre 8.

  5.4 L'usage des modes verbaux dans le système des modalités

Le grec possède quatre modes personnels : l'indicatif, l'impératif, le subjonctif, l'optatif.

Il les utilise pour marquer quatre modalités subjectives différentes : l'impératif pour l'injonction aux deuxième et troisième personnes, le subjonctif pour l'interdiction et l'ordre à la première personne, l'optatif pour le souhait, les temps du passé de l'indicatif pour le regret.

Il utilise aussi ces quatre modes pour marquer autant de degrés de conformité à la réalité de son énoncé : l'indicatif pour les faits certains, le subjonctif pour l'énoncé des événements probables, l'optatif pour l'énoncé des événements possibles, les temps du passé de l'indicatif pour l'énoncé des événements contraires à la réalité. Lorsque ces modes servent à l'expression des degrés de conformité à la réalité de l'énoncé autres que la certitude, le verbe est accompagné de la particule a@n.

  5.5 L'emploi des négations selon le mode verbal et la modalité

Dans un énoncé exprimant une modalité subjective, la négation est toujours mh&.

Dans un énoncé qui exprime une modalité intellective, la négation est ou) sauf pour l'expression du degré de réalisation probable : dans ce cas, il y avait ou) dans les textes homériques, mais en attique la négation est mh& (par analogie, tous les emplois des subjonctifs ont appelé la négation mh&).

  5.6 Valeurs temporelles ou aspectuelles selon les modes

Il n'y a qu'à l'indicatif marquant la modalité intellective de certitude qu'on emploie les temps avec leur valeur temporelle : décrire des états de choses réels suppose d'indiquer leur localisation temporelle. Tous les autres modes, y compris l'indicatif aux temps du passé exprimant le regret ou l’irréel (appelé indicatif modal), s'emploient avec des valeurs aspectuelles.

Cependant, pour les modalités intellectives, certains auteurs de grammaire considèrent qu’à l’éventuel, les radicaux d'aoriste marquent une antériorité relative, et qu'à l'irréel, les radicaux d'aoriste expriment l'irréel du passé et l'imparfait l'irréel du présent. Mais d'autres chercheurs considèrent que, même là, le choix entre formes verbales d'aoriste ou de présent/imparfait se justifie par des motifs aspectuels.

 

Degrés d’évaluation épistémique

 

certitude

 

probabilité

possibilité

contre-factuel

 

 

Eventuel

potentiel

irreel

Modalités

intellectives

indicatif

 

Modalités subjectives

   

- ordre aux 2e et 3e p.

impératif

- ordre 1e p., défense

subjonctif

- souhait

optatif

- regret

indic. modal

Tableau : L'usage des modes verbaux pour l’expression des modalités

  6. LES MODALITES EPISTEMIQUES

 L'assertion et l’interrogation sont les deux modalités épistémiques. L'assertion énonce des états de choses, l'interrogation questionne à leur sujet. Dans les énoncés relevant de ces deux modalités, le mode verbal privilégié est l'indicatif, et l'interrogation a des marqueurs spécifiques différents selon ce sur quoi l’on questionne.

  6.1 L’assertion

  6.1.1 Nai& et ses équivalents

L’assertion minimale du français, « oui », est très rare en grec. On lit rarement des énoncés tels que :

- Eu#dei ;   - Nai&, eu#dei.  (Euripide, Hercule, 1060)

- Dort-il ?   - Oui, il dort.

En tiennent lieu une foule de phrases minimales (comme notre « c’est clair ») et d’adverbes d’assertion :

- assertion de conformité :

 e!sti tau=ta « c'est cela », a)lhqh= le&geij « tu dis vrai »

- assertion du caractère absolu de la vérité du contenu par un « tout à fait » :

pa&nu ge, ma&lista  (ge), pa&nu me_n ou}n, sfo&dra ge

- assertion de son caractère nécessaire (a)na&gkh), évident (dh=lon), patent (fai&netai), probable (kinduneu&ei) ou vraisemblable (e!oiken ge, ei)ko&j ge, ei)ko&twj ge)

- assertion de l'engagement personnel du locuteur (e!gwge, e!moige)

- réplique interrogative de surprise d'être questionné sur une évidence :

pw=j ga_r ou !; « comment en effet n'<en serait-il> pas <ainsi> ? ».

  6.1.2 L’assertion confirmée : le serment

Les serments sont le plus souvent des engagements à faire quelque chose à l'avenir, et leurs verbes sont alors au futur.

w(j ou}n a@n ei)dh=t ) , ei}mi kai_ sw&sw po&lin

yuxh&n te dw&sw th=sd ) u(perqanei=n xqono&j.

 (Euripide, Phéniciennes, 997-998)

Sachez-le bien : je m’en vais et je sauverai la cité, et je donnerai ma vie en mourant pour cette terre.

Si le serment porte sur la véracité d'assertions relatives au passé, le verbe est à un temps du passé. Il porte aussi parfois sur un état de choses actuel, et le verbe est alors au présent ou au parfait.

Le mode est l'indicatif si l'assertion à la première personne vaut serment, à l'infinitif si la formule d'engagement dépend du verbe « je jure » (infinitif futur pour les engagements pour l'avenir, infinitif aoriste, parfois présent, pour ceux qui concernent un état de choses passé ou actuel) :

a)pomo&saj h} mh_n  mh_ ei)de&nai …   (Platon, Lois, 937a)

… jurant que vraiment il ne sait pas…

L'expression h} mh&n (« en vérité », « certes vraiment ») donne valeur de serment à un énoncé en accroissant sa force assertive.

Le nom de la divinité par laquelle on jure apparaît à l'accusatif, souvent précédé des particules énonciatives ma_ ou nh_. Elles assurent le renforcement de l’assertion conjointement avec le groupe nominal à l'accusatif désignant l'objet sacré qui est le garant de la véridicité du serment. Les noms à l'accusatif par lesquels on jure englobent non seulement tous les dieux mais aussi les objets que le locuteur tient pour sacrés, comme le foyer familial (ma_ th_n patrw|&an e(sti&an Sophocle, Electre, 881), ou qu'il présente comme tels pour des raisons variées ; ainsi, le serment favori de Socrate était ma_ to_n ku&na « par le chien » (Platon,  Apologie, 21c, Gorgias, 482b).

  6.1.3 L’assertion renforcée par des formules de jurement

Les jurements (ma_ to_n Di&a, nh_ to_n Di&a) contribuent aussi à renforcer les affirmations.

Il s'agit de jurements (et non de jurons) car toute intention blasphématoire est absente (les Grecs de l'époque classique ne concevaient pas que l'on puisse prononcer le nom d'un dieu à des fins outrageantes; vouloir bafouer le divin eût été d'une u#brij sans égale).

  Kato&moson. Nh_ to_n Di&a.

–  Kau}qij kato&moson. Nh_ Di&  ).  !Omoson Nh_ Di&a. 

(Aristophane, Grenouilles, 305-306) 

 – Jure-le. – Oui, par Zeus.

– Rejure-le. – Oui, par Zeus. – Jure. – Oui, par Zeus.

Si les formules sont les mêmes que celles du serment, c'est que même dans l'emploi usuel en conversation, elles participent, sous une forme affaiblie, à l'idée d'un dieu réellement garant de la vérité de l'assertion ou de l'engagement qui est pris ; elles assurent le renforcement d'un acquiescement ou d'une dénégation, leur énonciation manifeste que le locuteur veut donner à penser que l'assertion est véridique.

  6.1.4 L’assertion renforcée par des particules

Ces particules se trouvent en général en deuxième place dans une phrase, et elles lui donnent la même force d’assertion de vérité qu’un « certes » ou « assurément » en français. Elles sont plutôt emphatiques que réellement assertives; elles indiquent l'énergie avec laquelle le locuteur pose ses assertions.

Les principales particules de renforcement d’assertion sont : h}, mh&n, dh&, dh=ta, ge, gou=n et toi.

h} 

La plus usuelle est h} ; elle intensifie l’affirmation (« certes », « vraiment »). On la trouve aussi dans l’association de particules h} toi  « en vérité ».

Mh&n.

Mh&n et kai_ mh&n s'emploient pour insister sur une affirmation, mais elles marquent aussi une opposition.


Dh&, dh=ta

Dh& et dh=ta sont en distribution complémentaire selon J.D. Denniston (The Greek Particles, Londres, 1934). Dh=ta, étant plus expressif, apparaît en contexte marqué. On a ainsi en énoncé négatif ou) ga_r dh& ou ou) dh=ta, alors que ou) dh& est rare.

Elles peuvent apparaître dans des énoncés autres qu'assertifs, mais dont l'énonciation est tout aussi animée, avec opposition entre contextes interrogatif et impératif. Ainsi, d'après J.D. Denniston, o.c., dans les interrogatives, dh=ta marque une connexion logique (la question jaillit en réaction à un propos d'une autre personne). Lorsque c'est un ordre qui jaillit en réaction à une action de l'interlocuteur, c'est dh& qui accompagne le verbe à l'impératif.


 Ge

Le sens premier de cette particule est d'exprimer une affirmation. Mais elle a un autre emploi courant, celui que l'on traduit par « du moins », qui limite la validité de l'assertion au groupe nominal qui précède cette particule. Cependant, à y bien réfléchir, ce second emploi comporte aussi une valeur assertive : on pourrait parler de renforcement d'assertion de mot dans ce cas, de renforcement d'assertion de phrase dans le cas général.


Gou=n

Cette particule, qui équivaut à « ce qu'il y a de sûr, c'est que », introduit une remarque qui vient renforcer fortement l'assertion contenue dans l'énoncé précédent.


Me_n ou}n

Cette association de particules exprime une assertion de certitude forte ; elle est surtout employée dans une réponse (pa&nu me_n ou}n « tout à fait », « bien sûr »).

Toi

L'enclitique toi donne plus d'énergie à l'assertion contenue dans le mot précédent (souvent une négation); il peut aussi renforcer la valeur assertive de toute la phrase.

  6.2 L’interrogation

Un énoncé interrogatif peut avoir la même structure de phrase qu'une assertion, mais avec, en plus, la courbe intonative d'une interrogation :

Ti& ou}n fh&|j; kolakei&a dokei= soi ei}nai h( r(htorikh& ; (Platon, Gorgias, 466a)

Que dis-tu donc ? La rhétorique te semble être une flatterie ?

Cependant, le plus souvent, une phrase interrogative comporte un marqueur de cette modalité, qui apparaît presque toujours en tête de phrase et qui varie selon l'objet du questionnement.

On distingue deux types de phrases interrogatives, selon que la question porte sur un élément seulement de la phrase (interrogation partielle) ou sur la phrase dans sa totalité (interrogation totale).

   6.2.1 Interrogation totale 

Interrogation mono-nucléaire :

Elle est introduite par des mots ou groupes de mots interrogatifs qui peuvent marquer l'attente par le locuteur d'une réponse positive ou négative :

- aucune attente particulière : a}ra ; h} ; a}ra ge ; a}r ) ou}n ; « Est-ce que ? »

a)ll ) a}ra  e)qelh&seien a@n h(mi=n dialexqh=nai; (Platon, Gorgias, 447b)

Mais est-ce qu’il consentirait à s’entretenir avec nous ?

 - évidence pour le locuteur que la réponse est positive :

 a!llo ti h} ; « Que peut-on dire d'autre que … ? »

a!llo ti h@ o( a)gaqo_j tw=| a)gaqw|= mo&non fi&loj ;  - Pa&nu ge. (Platon,  Lysis, 222b)

Le bon n’est-il pas seulement l’ami du bon? – Absolument.

 pw=j ou) ; « Comment se fait-il que … ne …pas ? 

  = n'est-il pas évident que … ? »

pw=j ou)  qew=n tij th_n tou&tou gnw&mhn die&fqeiren ;  (Lysias, 6, 22)

N’est-il pas évident qu’un des dieux a égaré sa raison ?

- le locuteur émet une assertion, puis en demande confirmation par une question ; il sollicite une réponse explicative : « n'est-ce pas? » … h} ga_r ; ou) ga_r ;

Ti& le&geij, w} Ku=re; h} ga_r su_ tai=j sai=j xersi_ tou&twn ti e)fu&teusaj; 

(Xénophon, Economique, 4, 23)

Que veux-tu dire, Cyrus ? … n’est-ce pas toi qui as planté de tes propres mains ces arbres ?

- préférence du locuteur pour une réponse positive :

 a}ra ou)k ; ou!koun ; « Est-ce que…ne…pas ? », N’est-il pas vrai que vous…? »

}Ar ) ou)k a!meinon h@ su_ ta)n Qh&baij fronw= ;  (Sophocle,  O.C. 791)

Est-ce que je ne comprends pas mieux que toi les affaires thébaines ?

Ou!koun kai_ lu=pai w(sau&twj ai( me_n xrhstai& ei)sin, ai( de_ ponhrai& ; 

(Platon,  Gorgias, 499 e)

Les souffrances ne sont-elles pas, dans les mêmes conditions, les unes bonnes, les autres mauvaises ?

- préférence du locuteur pour une réponse négative (« Est-ce que par hasard ? ») :

Il y a toute une gamme de nuances, du doute léger (a}ra mh& ; mh& ;) à la totale incrédulité (mw=n ; [= mh_ ou}n ;], mw=n mh& ;).

mh_ au)to_n oi!ei fronti&sai qana&tou kai_ kindu&nou ;  (Platon, Apologie, 28d)

Crois-tu qu’il (=Achille) ait eu souci de la mort et du danger ? (Tu ne vas pas croire qu’il… ?)

HL. a}ra mh_ dokei=j luth&ri ) au)th|= tau=ta tou= fo&nou fe&rein;  Ou)k e!stin:

(Sophocle, Electre, 446-448)

EL. - Crois-tu vraiment que ces offrandes que tu apportes vont la libérer de son meurtre ? C’est impossible.

Etat d’esprit du locuteur

Termes introducteurs

 

- n’a aucune attente particulière

« Est-ce que ? »

a}ra ; h} ; a}ra ge ;

a}r ) ou}n ;

- s’attend à une réponse positive

 « Est-ce que…ne…pas ? »,

« N’est-il pas vrai que …? »

a}ra ou)k ; ou!koun ;

- s’attend à une réponse

 négative

« Est-ce que par hasard ? »

a}ra mh& ; mh& ; mw=n ;

[= mh_ ou}n ;], mw=n mh& ;

- est persuadé que

la réponse est positive 

 « (Que dire) d'autre que… ? »

a!llo ti h} ;

 

 « Comment se fait-il

que … ne …pas ? » 

pw=j ou) ;

- sollicite une réponse

 explicative 

« n'est-ce pas? »

h} ga_r ; ou) ga_r ;

Interrogation bi-nucléaire :

Elle a la forme po&teron P1 h@ P2 ; « Est-ce que P1 ou bien P2 ? » :

- Po&teron e0a|~j a1rxein h2 a1llon kaqi/sthj a)nt' au)tou~; -  1Allon kaqi/sthmi.

 (Xénophon, Cyropédie, 3, 1, 12)

– Le laisses-tu commander, ou mets-tu quelqu'un d'autre à sa place ? – J’en mets un autre à la place.

  6.2.2  Interrogation partielle

La question porte seulement sur un élément de l’énoncé. Quelques exemples :

Ti& tou=to < e)sti&n > ;   qu'est-ce ?

Ti& le&geij ;   que dis-tu ?

Ti&j ei} ;   qui es-tu ?

Ti& poiei=te ;   que faites-vous?

Pou= ei} ;   où es-tu ?

Poi= feu&geij ;   où fuis-tu?

Po&qen e!rxetai ;   d'où vient-il ?

poi= pote a)xqh&sesqe ; ti&j gh= u(ma=j u(pode&cetai kai_ ti&na po&lin oi)kh&sete ;

(Xénophon d’Ephèse, 1, 14, 3)

Où donc allez-vous être conduits ? Quelle terre vous accueillera et quelle ville habiterez-vous ?

Su_ de_ pw=j e)poi&eij tou_j prolo&gouj ; (Aristophane, Grenouilles, 1177)

Et toi, comment faisais-tu tes prologues ?

Voici l’inventaire de ce sur quoi on peut interroger, et des mots grecs pour le faire :

On interroge par à

sur …

Mot interrogatif

 

On interroge par à

sur …

Mot interrogatif

         

l’identité

ti&j

 

une circonstance

du procès :

 

une qualification de

   

- lieu où l'on est

pou=

-  qualité

poi=oj

 

- lieu où l'on va

poi=

-  mesure

phli&koj

 

- lieu d'où l'on vient

po&qen

-  quantité

po&soj

 

- lieu par où l'on passe

ph|=

-  nombre

po&soi

 

- moment

- manière

po&te

pw=j

une évaluation

d’intensité par un

adverbe

po&son

     

   6.2.3 Cas particuliers

Nous signalons ci-dessous plusieurs cas particuliers d’un point de vue syntaxique ou énonciatif :

-  Plusieurs pronoms interrogatifs peuvent parfois co-exister dans la même phrase :

ti&j ti&noj ai!tio&j e)sti ;

Qui est responsable, et de quoi ?

-  Le pronom interrogatif peut être complément non du verbe principal mais d'un verbe subordonné ou d'un participe :

ti&na a@n kalou=ntej au)to_n o)rqw=j kaloi=men ; (Platon, Gorgias, 448c)

Quel nom lui donnerions-nous pour le bien nommer ? (litt : De quel nom l'appelant l'appellerions-nous correctement ?)

Deux expressions en particulier s'observent assez souvent en début de phrase :

ti& boulo&menoj … ; « Dans quelle intention… ? »

ti& maqw&n … ; « A la suite de quelle nouvelle … ? »

-  L'adjonction de la particule dai& après les interrogatifs ti&j et pw=j manifeste la curiosité ou l'étonnement du locuteur :

ti& dai_ le&geij su& ; « Que dis-tu donc ? »

pw=j dai& ; « Comment donc ? »

   6.2.4 Des phrases interrogatives au subjonctif

Lorsque la question exprime une délibération (sur ce qu'il est éventuellement possible de faire, ou sur ce que l'on doit faire), son verbe est au subjonctif :

ti& poiw=men ;

« Qu'allons-nous faire ? », « Que devons-nous faire ? », « Que faire ? »

Si la délibération porte sur le passé (donc uniquement sur ce que l’on devait / aurait dû faire), on emploie le verbe d’obligation dei= à l’imparfait :

ti& e!dei poiei=n ; « Que fallait-il faire ? »

Un autre cas d’emploi du subjonctif dans une question est le subjonctif d’indignation. Il marque la reprise, en écho indigné, d’un ordre (d’où le subjonctif) qu’on a reçu :

D- a)popri&w th_n lh&kuqon.

E- to_ ti &; e)gw_ pri&wmai tw|=de ;  (Aristophane, Grenouilles, 1228)

D- Achète la fiole.

E- Quoi ? Que moi, je la lui achète ?

Un premier locuteur a donné un ordre à un interlocuteur et celui-ci le lui retourne en miroir, avec une intonation interrogative, pour contester la pertinence de cet ordre. L'emploi du subjonctif constitue ici un reflet de l'acte illocutoire initial d'ordre.

   7. LES MODALITES SUBJECTIVES

Les intentions subjectives du locuteur qui s’expriment par les emplois des modes relèvent soit de l’injonction et de l’interdiction, soit du souhait ou du regret.

  7.1 Injonction et interdiction

  L'expression de l'ordre et de la défense est assurée par les modes impératif et subjonctif, dans quelques cas par un infinitif, ou encore par des formes verbales ou des verbes exprimant l’obligation.

Injonction à l’interlocuteur

impératif PR ou AOR, 2e singulier ou pluriel

Interdiction à l’interlocuteur

mh&, impératif PR, 2e singulier ou pluriel

 

mh&, subjonctif AOR, 2e singulier ou pluriel

Injonction à soi et à l’interlocuteur

subjonctif PR ou AOR, 1e pluriel

Injonction à tierce personne

impératif PR ou AOR, 3e singulier ou pluriel

   

Ordre ou défense impersonnel

infinitif

Assertion d’obligation actuelle,

à venir ou passée

adjectif verbal d’obligation en -te&oj

locutions xrh& ou dei= « il faut »

   7.1.1 L'injonction à l’interlocuteur : impératif à la 2e personne

Par rapport au moment de l'énonciation, l'action qui est ordonnée se situe toujours dans le présent ou l'avenir, mais jamais dans le passé. Pourtant, certains verbes sont à l’impératif aoriste. C'est que le choix du thème temporel n'est pas dicté par des considérations de temps mais d'aspect (cf. § 4.1.2). Ainsi, un personnage des Oiseaux d'Aristophane (v. 175-176) répond ble&pw (je regarde) à deux ordres successifs qui ne sont pas exprimés par le même thème temporel : ble&yon ka&tw (AO. jette un coup d'œil en bas) et ble&pe nu=n a!nw (PR. maintenant regarde bien en haut). Héraclès, dans l’Alceste d’Euripide, prodigue des conseils de bon vivant, les uns à portée permanente : eu!fraine sauto&n, pi=ne (788) « prends du bon temps, bois », d’autres à usage momentané : e!ason tau=ta (792) « laisse cela ».

On emploie le présent si le locuteur présente le procès comme ayant une certaine durée ou se répétant, ou s'il ordonne de continuer une action déjà commencée, ou encore si l'ordre est insistant ou pressant. On emploie l'aoriste en l'absence de ces valeurs aspectuelles. Il existe un impératif parfait, qui n’est usuel que pour quelques verbes exprimant un état présent résultant d'une action passée, comme me&mnhso « souviens-toi » (‘ garde le souvenir’).

Morphologie de l’impératif à la deuxième personne

Attention : la forme de politesse xai=re (équivalant à nos « bonjour » et « au revoir ») signifie, quand il s'agit d'un impératif « réjouis-toi » ; elle est partiellement dé-sémantisée dans son emploi comme forme de politesse.

Attention : certaines formes d'impératif (i!qi, a!ge, fe&re …) ont affaibli leur sens directif et sont devenues des interjections (comparer, en français, « Va! », « Allons! », « Voyons ! » …)

   7.1.2 L’interdiction à l’interlocuteur : impératif à la 2e personne ou subjonctif

Une défense générale, ou l'ordre de ne pas continuer une action en cours de réalisation, s'exprime par l'impératif présent précédé de la négation mh&.

mh_ a)gno&ei seauto&n (Xénophon, Mémorables, 3, 7, 9) Ne te méconnais pas toi-même.

pau=e, pau=e, mh_ le&ge (Aristophane, Guêpes, 37) Arrête, arrête, cesse de parler.

Une défense précise et particulière, ou une mise en garde de ne pas (se mettre à) faire quelque chose, s'expriment par le subjonctif aoriste précédé de la négation mh&.

mhde_n fobhqh=|j (Aristophane, Oiseaux, 654) N'aie aucune crainte.

mh& me a)dikw=j a)pole&shte (Lysias, 24, 6) Ne me faites pas périr injustement.

   7.1.3 L'injonction à la première personne du pluriel

Le locuteur s'inclut dans l'injonction adressée à l'interlocuteur.

Elle s’exprime au subjonctif. Elle est surtout fréquente dans le discours didactique (Platon, Galien...).

skopw=men koinh=| ta&de. Examinons ceci en commun.

u(pomnh&swmen… Rappelons que...

   7.1.4 L'injonction à la troisième personne

Celui à qui il est ordonné de réaliser l'action n'est pas l'interlocuteur. C’est une injonction que l'interlocuteur est prié de transmettre à quelqu'un qui est extérieur à l'échange. « Qu'il vienne! » signifie « je veux qu'il vienne » et « dis-lui de venir ».

e)lqe&tw

Qu'il vienne !

 

e)lqo&ntwn

Qu'ils viennent !

Morphologie de l’impératif à la troisième personne

  7.1.5.  L’infinitif d’ordre

L'infinitif, exprimant l'idée verbale pure, se prête à l'expression d'un ordre général et impersonnel. On le trouve de ce fait souvent dans des textes de lois et de décrets, mais aussi parfois dans la conversation.

Dans la phrase suivante, un premier verbe à l’impératif est coordonné avec un second verbe à l’infinitif :

e!xe kai_ piei=n (Aristophane, Cavaliers, 1187) Tiens et bois.

w} cei=n ), a)gge&lein Lakedaimoni&oij o#ti th=|de

kei&meqa toi=j kei&nwn r(h&masi peiqo&menoi  (Simonide, 92)

Etranger, annonce aux Lacédémoniens qu'ici nous gisons ayant obéi à leurs décisions.

  7.1.6  L'adjectif verbal d'obligation

Il se forme par ajout au radical verbal du suffixe –te&on (qerapeu&w  « je soigne »,  qerapeute&on <e)sti> « il faut soigner »).

Avec ce type d’expression, l’injonction se fait impersonnelle et générale (au lieu d’être adressée à un  interlocuteur précis). Et l’obligation peut s’appliquer aussi bien au passé ou à l’avenir qu’au moment actuel (à la différence des injonctions exprimées par l'impératif).

ei!te tou_j qeou_j  i3lewj ei]nai& soi bou&lei, qerapeute&on tou_j qeou_j, ei!te u(po_ fi&lwn e)qe&leij a)gapa=sqai, tou_j fi&louj eu)ergethte&on. (Xénophon, Mémorables, II, 1, 28)

Si tu veux que les dieux te soient favorables, il faut honorer les dieux, et si tu veux être chéri par tes amis, il faut faire du bien à tes amis.

En dépendance de l'objectif verbal d'obligation, un complément au datif indique la personne pour qui il vaut l'obligation :

(Hmi=n de& ge oi]mai pa&nta poihte&a... (Xénophon, Anabase, 3, 1, 35)

Quant à nous, je pense qu'il nous faut tout faire…

  7.1.7  Une assertion à verbe dominant impersonnel exprimant l'obligation

Les verbes dei=, xrh& « il faut » (e!dei, e))xrh=n « il fallait », deh&sei, xrh=stai « il faudra ») ou des locutions verbales telles que a)nagkai=o&n < e)sti > « il est nécessaire », sont suivis d'un verbe à l'infinitif dont le thème verbal a une signification aspectuelle; la négation est mh&.

Xrh_ mh_ toi=j tou&twn lo&goij pisteu&ein (Lysias, 25, 13)

Il ne faut pas ajouter foi à leurs discours.

   7.1.8 Expressions indirectes de l'ordre ou de la défense

Ordres et interdictions peuvent aussi s'exprimer de façon indirecte dans des complétives introduites par un verbe d'ordre (keleu&ein, dei=sqai, a)cio=un « demander de »,  a!rxein « commander », bou&lesqai « vouloir », parainei=n « exhorter », pei&qein « persuader de ») ou d'interdiction (kwlu&ein « empêcher »)

   7.1.9 ou) mh& + indicatif futur : défense renforcée

L'association de ces deux négations (quand elles se trouvent ensemble en début de proposition) avec un indicatif futur à la deuxième personne équivaut à une défense renforcée. On observe ce type d'expression surtout dans les dialogues de théâtre.

}W qu&gater, ou) mh_ mu=qon e)j pollou_j e)rei=j (Euripide, Suppliantes, 1066)

Ma fille, ne va pas dire ceci devant la foule.

ou) mh_ gunaikw=n deilo_n ei)soi&seij lo&gon (Euripide, Andromaque, 757)

N'adopte pas le lâche langage des femmes.

ou) mh_ diatri&yeij  (Aristophane, Grenouilles, 462)

Ne perds donc point de temps.

  7.2 Souhait


L'expression du souhait est assurée par l'optatif.

Le choix du thème temporel n'est pas dicté par des considérations de temps mais d'aspect. On emploie le présent si le locuteur présente le procès dans son déroulement, pourvu d'une certaine durée ou se répétant. On emploie l'aoriste en l'absence de ces valeurs aspectuelles.

Kai_ pra&ceiaj kata_ nou=n to_n e)mo_n, kai_ se fula&ttoi Zeu_j  )Agorai=oj 

(Aristophane, Cavaliers, 498-500)

Et puisses-tu agir [AOR] selon mon dessein, et que le Zeus de l'Agora te garde [PR]!

Le voeu de protection s'inscrit dans la durée tandis que l'action souhaitée en premier est momentanée.

a)ll )eu)tuxoi&hj kai_ tu&xoij o#swn e)ra=|j. (Euripide, Médée, 688)

Puisses-tu être heureux [PR] et obtenir [AOR] tout ce que tu désires!

Le premier souhait est celui d'un bonheur durable ; le second, par l'aspect aoriste, implique le souhait que chaque désir, au moment où il surgit, se réalise.

ei!qe, w} lw=|ste su&, toiou=toj w@n fi&loj h(mi=n ge&noio 

(Xénophon, Helléniques, 4, 1, 38)

Puisses-tu, homme incomparable, avec les qualités que tu possèdes, devenir [AOR] notre ami!

Le verbe « devenir » correspond à une transformation, un état transitoire, d'où l'aspect aoriste.

Si la phrase est négative, la négation estmh& :

Kai_ mh&pote o(si&wj qu&seian tw=|  )Apo&lloni mhde_ th|=  )Arth&midi mh&de de&cainto au)toi=j ta_ i(era_  (Eschine, Contre Ctésiphon, 111)

Puissent-ils ne jamais offrir un sacrifice agréable à Apollon ni à Artémis, et puisse leur offrande n'être pas acceptée par ces dieux !

  7.3 Regret

Formuler un regret, c'est dire qu’un état de choses présent ou passé est contraire à ce qu'on aurait souhaité.

L'expression du regret est assurée, dans le dialecte attique, par « l’indicatif modal », c’est-à-dire l’imparfait et l’aoriste de l’indicatif, mais dépourvus de valeur temporelle. Chez Homère, elle était assurée par l'optatif.

La formule de regret commence par ei!qe ou ei) ga&r et, si la phrase est négative, la négation estmh&.

ei0 ga_rtosau&thn du&namin ei]xon w3ste sh_n

e0j fw~j poreu~sai nerte/rwn e0k dwma&twn

gunai=ka kai/ soi th&nde porsu~nai xa&rin  (Euripide, Alceste, 1072)

Si seulement j'avais eu un pouvoir si grand que j’aie pu ramener à la lumière, hors des demeures infernales, ton épouse, et t’octroyer cette grâce !

Ei1qesoi, w} Peri/kleij, to&te  sunegeno&mhn o3te deino&tatoj e9autou~ h}sqa.

(Xénophon, Mémorables, 1, 2, 46)

Périclès, si seulement j’avais pu te fréquenter lorsque tu te surpassais toi-même !

On peut trouver aussi  ei!qe ou ei) ga&r avec le verbe w!felon, avec un sens voisin :

Ei0 ga_r w1felon, w} Kri/twn, oi[oi/ t' ei]nai oi9 polloi\ ta_ me/gista kaka_ e0rga&zesqai, i3na oi[oi/ t' h}san kai\ a)gaqa_ ta_ me/gista, kai\ kalw~j a2n ei]xen.

 (Platon, Criton,  44d)

Si seulement, Criton, la plupart des gens étaient capables de réaliser les plus grands maux, afin qu’ils fussent capables aussi de réaliser les plus grands biens, ce serait parfait.

  8 LES MODALITES D'EVALUATION INTELLECTIVES DU PROCES

On parle de modalités d’évaluation intellective lorsque le locuteur situe le contenu de ses énoncés comme certain, ou probable, ou possible, ou encore contre-factuel (ou « irréel »).

Ces modalités ne peuvent se coupler qu'avec les modalités du savoir (assertion, question) et pas avec les modalités subjectives.

La modalité épistémique de certitude se caractérise le plus souvent par une absence de marque : l’énoncé est une simple assertion.

  8.1. Marques lexicales ou morphologiques de ces modalités

Ces modalités peuvent s’exprimer par divers procédés lexicaux ou morphologiques.

  8.1.1 Locutions verbales ou verbes introducteurs

Ces verbes et locutions verbales introduisent une proposition subordonnée complétive dont ils modalisent l'assertion comme assurée, probable ou possible. Le plus souvent, ils sont à une forme impersonnelle. Observons :

 a!ndrej stratiw~tai, ta_ me\n dh_ Ku&rou dh~lon o3ti ou3twj e1xei pro_j h(ma~j w3sper ta_ h(me/tera pro_j e0kei=non  (Xénophon, Anabase, 1, 3, 9)

Soldats, il est clair que Cyrus est envers nous dans la même situation que nous sommes envers lui.

kai\ mh_n o3ti nomi/zome/n ge du&nasqai au)tou_j kai\ eu} kai\ kakw~j poiei=n kai_ tou~to safe/j.  (Xénophon, Banquet, 4, 47)

Et assurément, que nous pensions qu'ils peuvent nous faire du bien ou du mal, ceci aussi est évident.

kai\ tou~to e0narge\j o3ti par' e0mou~ ou)de\n pw&pote maqo&ntej, a)ll' au)toi\ par' au(tw~n polla_ kai\ kala_ eu(ro&ntej te kai\ teko&ntej. (Platon, Théétète, 150d)

Et ce qui est clair, c'est que de moi ils n'ont jamais rien appris, mais c'est de leur propre fonds qu'ils ont fait par eux-mêmes nombre de belles découvertes par eux-mêmes enfantées.

 (Umi=n eu)dai&mosin e1cesti gene&sqai  (Démosthène, 3, 23)

Il vous est possible d’être heureux.

Ces verbes et locutions verbales introduisent une proposition subordonnée en précisant à quel titre son contenu est donné :

- certitude :

en plus des verbes d’affirmation (le&gw «  je dis », fhmi&, fa&skw « j’affirme », o!mnumi « je jure »), de connaissance sûre (oi}da «  je sais », gignw&skw «  je connais », dhloi= « il est évident »), d’opinion (nomi&zw, h(gou=mai, oi!omai «  je pense »), on  trouve aussi les locutions dh=lo&n <e)sti > « il est évident », fanero&n <e)sti > ou safe&j < e)sti> « il est clair que » ;

- probabilité :

cette modalité est exprimée par le verbe e!oike « il semble » et la locution ei)ko&j <e)sti> « il est vraisemblable » (ei)ko&j est un participe parfait) ;

- possibilité :

cette modalité est exprimée par les verbes du&namai « je peux » et les locutions dunato&n < e)sti> et oi{o&n t ) e)sti «  il est possible »;

- impossibilité :

cette modalité est exprimée par les locutions a)dunato&n < e)sti>  « il est impossible », a!logon < e)sti> « il est absurde que » et  a)mhxano&n <e)sti > « il n’y pas moyen que ».

Certains verbes peuvent apparaître en incise, seuls, comme oi}mai « je pense », ou précédés de w(j (w(j e!oiken « comme  il est vraisemblable », « comme tout porte à le croire », très haut degré de probabilité) :

a1peimi de/, w(j e1oike, th&meron: keleu&ousi ga_r  0Aqhnai=oi.

  (Platon, Phédon, 61c)

Je m'en vais, comme tout porte à le croire, aujourd'hui : en effet les Athéniens l'ordonnent.

Usuelles à la forme impersonnelle, ces expressions apparaissent aussi aux autres personnes, le sujet de la proposition introduite par o#ti étant "monté" dans la proposition principale comme sujet de la locution.

dh~loj ga&r moi Pw~loj kai\ e0c w{n ei1rhken o3ti th_n kaloume/nhn r(htorikh_n ma~llon memele/thken h2 diale/gesqai.

 (Platon, Gorgias, 448 d)

D'après ce que dit Polos, il est évident pour moi qu'il s'est exercé davantage à ce qu'on appelle la rhétorique qu'au dialogue.

dh~loj de\ kai\ nu~n e0stin a)lgeinw~j fe/rwn

oi[j t' au)to_j e0ch&marten oi[j t' e0gw_ 'paqon.

 (Sophocle, Philoctète, 1011)

Il est évident que même maintenant il s'afflige des fautes qu'il a commises et des torts qu'il m'a causés.

L’apparition de la forme personnelle se produit même parfois en incise :

katagela|~j mou, dh~loj ei].  (Aristophane, Oiseaux, 1407)

Tu te moques de moi, c'est clair.

  8.1.2 Adverbes d'énoncé « modaux »

Ils indiquent un jugement sur la vérité ou la réalité de l'énoncé. Ils appartiennent à la même classe que « oui » (nai&) et, à ce titre, ils peuvent à eux seuls fournir une réponse à une question totale.

Certitude

a)lhqw=j

a)me&lei

dhlono&ti 

e)nargw=j 

o!ntwj

safw=j

 « véritablement »

« assurément »

« sans aucun doute »

« visiblement, clairement »

« réellement »

« clairement »

Probabilité

ei)ko&twj

« vraisemblablement »

Possibilité

i!swj

ta&xa

« peut-être »

a)me&lei :

« sois tranquille » (impératif 2°sg d'a)mele&w « je ne m'inquiète pas ») -> « assurément »

- a}ra& ge ou) kai\ plei/ouj xeirw&sait' a2n toiou&touj o( toiou~toj; -  a)me/lei, e1fh, ou)de\n a2n ge/noito qaumasto&n.

 (Platon,République, 422c)

- Est-ce que quelqu'un de tel ne triompherait pas d'un plus grand nombre de gens de ce genre? – Sans conteste, il n'y aurait à cela rien de surprenant.

- ou) mo&non a)ei\ ta_ au)ta_ le/gw, a)lla_ kai\ peri\ tw~n au)tw~n: su_ d' i1swj dia_ to_ polumaqh_j ei]nai peri\ tw~n au)tw~n ou)de/pote ta_ au)ta_ le/geij.a)me/lei, e1fh, peirw~mai kaino&n ti le/gein a)ei&.

 (Xénophon, Mémorables, 4, 4, 7)

- Non seulement je répète toujours les mêmes choses, mais je le fais aussi sur les mêmes sujets ; mais peut-être que toi, qui es si savant, tu ne dis jamais les mêmes choses sur les mêmes matières. - Assurément, dit-il, je tâche de dire toujours quelque chose de nouveau.

ei)ko&twj:

 « vraisemblablement », « probablement »

- nh_ Di/a, w} Fai/dwn, ei0ko&twj ge  (Platon, Phédon, 102 a)

- Par Zeus, Phédon, probablement.

e)nargw=j:

  « visiblement », « clairement »

- kai\ ma&la g', h} d' o3j, e0nargw~j.  (Platon, République, 561 a)

- Et très clairement, dit-il.

safw=j:

  « clairement » -> « sans aucun doute »

- ei0 de/ tij kai\ o3lh| th|~ po&lei a)re/skontaj du&naito a)podeiknu&nai, ou)x ou{toj pantelw~j a2n h1dh a)gaqo_j mastropo_j ei1h; - safw~j ge, nh_ Di/a, pa&ntej ei]pon.

  (Xénophon, Banquet, 4, 60)

- Mais si quelqu'un pouvait rendre les gens agréables à la cité toute entière, ne serait-il pas le parfait entremetteur? – Sans aucun doute, par Zeus, dirent-ils tous.

ta&xa :

  « bientôt, vite » -> « aisément » -> « vraisemblablement »

ta&x ) h}n. Cela se pourrait. (Platon, Sophiste, 255c)

u(mei=j de\ ta&xa ou)de\ teqe/asqe turannoume/nhn po&lin ;  (Platon, Lois, 711a)

Mais peut-être n'avez-vous pas eu le spectacle d'une cité à régime tyrannique?

i!swj:

« peut-être »

sens premier : « d'une façon égale », d’où, en adverbe de manière, i)sw=j « également », et i!swj comme adverbe modal, quand il y a équilibre entre les chances de réalisation et les chances de non–réalisation du procès.

e0gw_ ga_r ei]m' e0kei=s' o3poi poreute/on,

u(mei=j d' a4 fra&zw dra~te, kai\ ta&x' a1n m' i1swj

pu&qoisqe, kei0 nu~n dustuxw~, seswme/non.

 (Sophocle, Ajax, 691)

Moi je m'en vais où je dois aller. Faites, vous, ce que je vous dis, et peut-être – qui sait? – peut-être apprendrez-vous qu'en dépit du malheur dont pour l'instant je souffre, j'ai enfin obtenu le salut.

KL.  1Iswj. AQ. Ou)k i1swj, a)ll' o1ntwj, w} daimo&nie, tau&thj ou)k e!stin safeste/ra me/qodoj a)nqrw&pwn ou)deni.  (Platon, Lois, 965c)

KL. - C'est probable. ATH. - Non pas probable, mon ami, mais réel. Pour aucun homme il n'y a de méthode de recherche plus sûre que celle-ci.

Kai\ i1swj kalw~j le/geij: ta&xa de\ w{de a1meinon ei0so&meqa.  (Platon, Minos. 314c)

Et il est fort possible que tu aies raison de parler ainsi. Mais peut-être le saurons-nous mieux de la façon que voici.

  8.1.3 Modes verbaux

Ce sont l’indicatif, le subjonctif, l’optatif, dans leurs emplois dans les indépendantes et dans les apodoses des systèmes hypothétiques (voir § 8.5) :

certitude sur un procès actuel ou passé

indicatif présent ou passé

certitude pour l'avenir

indicatif futur

possibilité

optatif avec a!n

irréalité

indicatifs modaux avec a!n *

*  Chez Homère, on employait encore l’optatif pour des énoncés dont le contenu est contraire aux faits.

Chez Homère, le subjonctif pouvait exprimer la probabilité d’un énoncé en proposition indépendante :

  ou) ga&r pw toi&ouj i}don a)ne&raj ou)de_ i!dwmai (Iliade, 1, 262)

Pourtant je n’ai pas vu encore de tels hommes, et je ne m’attends pas non plus à en voir.

En attique, la probabilité n’a plus d’expression modale spécifique en proposition indépendante ou en apodose ; on emploie soit l’indicatif futur (+ i!swj peut-être), soit l’optatif de possibilité (avec a!n).

  8.1.4. Particules énonciatives marquant divers degrés de force dans l'affirmation ou le doute

renforcement

 

mh&n, h} mh&n

d'assertion

 

dh&, dh=ta

   

ge, gou=n

   

toi

     

hésitation

 

pwj, pou, dh&pou

Les emplois des particules de renforcement d’assertion ont été présentés en détail au § 6.1.4.

L’hésitation se manifeste par les particules pwj, pou ou dh&pou, qui relativisent l'assertion :

Logi/zetai de/ ge/ pou to&te ka&llista, o3tan(Platon, Phédon, 65c)

Peut-être ne raisonne-t-elle jamais mieux que lorsque …

  8.2 L’usage de ces modalités dans les systèmes hypothétiques

  8.2.1. Le système hypothétique : un  système logico-sémantique 

Un système hypothétique  est un système logico-sémantique qui a pour forme ;

Si p, P  (p = protase, P = apodose)

 p décrit la situation non avérée qui est la condition de l'énonciation de P ; autrement dit :

Si p, alors on peut dire P.

On distingue, parmi ces situations non-avérées,

- celles où le locuteur ne s’engage pas sur la vérité du contenu propositionnel de la protase.  La proposition p n'est pas donnée comme effectivement réalisée, mais comme également possible ou impossible : on peut dire « si p, alors P1, mais si non-p, alors P2 ». « Si » signifie alors « s’il est vrai que ».C’est le système hypothétique de l'objectivité.

- celles où le contenu propositionnel de la protase est soit un fait général, dont la réalisation permanente est l'objet d'une attente, soit un fait particulier, lui aussi objet d'une attente nuancée d'incertitude. C’est le système hypothétique de l'éventualité.

- celles où le locuteur propose dans la protase une fiction, ou bien sans se soucier de sa valeur de vérité, ou bien en la présentant comme démentie par ce qu'il sait du monde réel. Ce sont les systèmes hypothétiques de la fiction et de la fiction démentie par les faits.

Attention : c'est le locuteur qui décide de présenter une proposition p comme objectivement réalisée (à ses yeux ou selon son interlocuteur), comme imaginable (probable, possible) ou comme contraire à la réalité; peu importe ce qu'il en est par rapport aux savoirs communs (droit au rêve, au mensonge, à l'humour…).

  8.2.2 Le système hypothétique de l’objectivité

  8.2.2.1. Examen de quelques phrases

Identifions le temps et le mode du verbe dans la protase et dans l’apodose, et la modalité de phrase de l’apodose (assertion, question, ordre…).

(1)  ei) me_n ou}n kai_ nu=n ou#tw dia&keisqe, ou)k e!xw ti& le&gw  (Démosthène, 9, 4)

  Si donc vous êtes encore maintenant disposés ainsi, je ne sais pas quoi dire.

(2)  ei) me_n h(suxi&an Fi&lippoj a!gei , ou)k e!ti dei= le&gein  (Démosthène, 8, 5)

  Si Philippe se tient tranquille, il n'est plus besoin de faire des discours

(3)  a)ll ) ei) dokei=, ple&wmen (Sophocle, Philoctète, 526)

  Mais si cela vous semble bon, naviguons

(4)  ei) pole&mio&j g ) w@n sfo&dra e!blapton, ka@n fi&loj w@n i)kanw=j w)feloi&mhn 

(Thucydide, VI, 92)

  S'il est vrai que je vous ai fait du mal quand j'étais votre ennemi, en étant votre ami je pourrais aussi vous être grandement utile

(5) ei)  #Ektora  a)poktenei=j, au)to_j a)poqanh=|  (Platon, Apologie, 28c)

  Si tu tues Hector, toi-même tu mourras.

(6) ai}re plh=kton, ei) ma&xei   (Aristophane,  Oiseaux, 759)

  Lève ton aiguillon, si tu vas combattre.

Analyse :

 

Temps du verbe dans la protase

Temps du verbe dans l’apodose

Modalité de phrase de l’apodose

       

(1)

INDIC PR

INDIC PR

Assertion sur l’actuel

(2)

INDIC PR

INDIC PR

Assertion d’obligation

(3)

INDIC PR

SUBJ PR

Injonction

(4)

INDIC IMPFT

OPT PR

Assertion de possibilité

(5)

INDIC FUT

INDIC FUT

Assertion sur l’avenir

(6)

INDIC FUT

IMPER PR

Injonction

  8.2.2.2. Conclusions de l’observation

La protase formule simplement une supposition présentée comme possible dans l’actuel, le futur ou le passé, et le locuteur dit que, si c’est vrai, il en résulte un autre événement.

La protase est à l'indicatif ; le temps est le présent, le futur ou un temps du passé selon la localisation de l’événement qui fait l’objet de la supposition. Si la supposition est celle d’un événement à venir qui n’est ni habituel, ni répété, ni éventuel, le verbe de la protase sera au futur (attention : le français a dans ce cas un présent).

Le rapport temporel ou modal entre les deux propositions est libre. L’apodose est au mode et au temps voulus par le sens de l’énoncé. La modalité de l’apodose peut être une assertion (à l'indicatif ou au conditionnel), un ordre, une question…

  8.2.3 Le système hypothétique de l’éventualité

  8.2.3.1. La notion d'éventualité

Un événement qualifié d'éventuel est présenté par le locuteur comme ayant une certaine probabilité de se produire. Cette probabilité est moins grande que pour un événement dont la réalisation est présentée comme certaine dans l'avenir, mais plus grande que pour un événement présenté comme simplement possible.

Qu'un enfant perdu puisse retrouver ses parents est un événement simplement possible. En revanche, un crime, ou tout autre délit, se produiront un jour ou l'autre; lorsque le législateur énonce qu'à tel type d'infraction correspond tel type de châtiment, il emploie la modalité éventuelle dans les subordonnées où il énonce les divers types d'infraction probables. Le savant fait de même lorsqu'il énonce qu'à divers types de situation géographique correspondent divers climats.

  8.2.3.2. Examen de quelques phrases

Observons le temps et le mode du verbe dans la protase et dans l’apodose.

On va distinguer ici les apodoses selon qu’elles assertent un fait ou formulent une obligation.

• proposition principale de modalité assertive :

(1)  e)a_n a!ra sofo_j ge&nh|, pa&ntej soi fi&loi e!sontai  (Platon, Lysis, 210d)

  Si donc tu deviens savant, tous seront tes amis.  [Sbj Pr, Ind Fut]

(2) a)ll & e)a_n zhth=|j kalw=j, eu)rh&seij (Platon, Gorgias, 503d) [Sbj Pr, Ind Fut]

Eh bien! Si tu cherches bien, tu trouveras.

(3) e#wsper a}ne)mpne&w kai_ oi{o&j te w}, ou) pau&somai filosofw=n

  (Platon, Apologie, 29d) [Sbj Pr, Ind Fut]

Tant que je respire et que j'en suis capable, je ne cesserai pas de philosopher.

(4) a!ntij a)nairh|= tou_j qesmou_j, ou)k e)pitre&yw 

(Lycurgue, C. Léocrate 76) [Sbj Pr, Ind Fut]

Si quelqu’un renverse les lois, je ne le laisserai pas faire.

(5) o# ti a@ne)qe&lh| poiei= (Lysias, I, 6) [Sbj Pr, Ind Pr]

Il fait <tout>ce qu'il veut.

(6)  !Hn ( =  e)a_n) mhde_n a)nagkai=on h}| kata_ po&lin, to_n i#ppon o( pai=j proa&gei ei)j a)gro&n  (Xénophon, Economique, 11, 14) [Sbj Pr, Ind Pr]

Si je n'ai aucune obligation à la ville, mon esclave conduit mon cheval à la campagne

(7) tou_j me_n e)xqrou_j ou)de_n poiei= kako&n, tou_j de fi&louj o# ti a@n du&nhtai kako&n

  (Lysias, 6, 1) [Sbj Pr, Ind Pr]

Il ne fait aucun mal à ses ennemis, mais à ses amis, <tout> le mal qu'il peut.

(8) ta_ zw|~a e0k duoi=n tou&toin to_ pei/qesqai manqa&nousin, e1k te tou~ o3tan a)peiqei=n e0pixeirw~si kola&zesqai kai\ e0k tou~ o3tan proqu&mwj u(phretw~sin eu} pa&sxein.

 (Xénophon, Economique, 13, 6) [Sbj Pr, Ind Pr]

Les animaux apprennent à obéir de deux façons : lorsqu’ils essayent de désobéir, ils sont châtiés, tandis que, lorsqu'ils se soumettent avec bonne volonté, ils sont bien traités.

• proposition principale de modalité déontique :

(9) to_n dou=lon e)a_n mh_ paradidw=, au)to_j th_n blabhn e)cia&sqw

(Platon,  Lois, 879) [Sbj Pr, Imper 3e sg]

S'il ne livre pas son esclave, qu'il répare lui-même le dommage

(10) kai& moi pro_j qew=n, o#tan e#neka tou= belti&stou le&gw, e!stw parrhsi&a

  (Démosthène, Aff. Chersonnèse, 32) [Sbj Pr, Imper 3e sg]

Et à moi, au nom des dieux, lorsque je parle pour votre plus grand bien, accordez-moi la liberté de parole (litt : que la liberté de parole soit pour moi).

(11) e3wj a2n sw|&zhtai to_ ska&foj, to&te xrh_ kai\ nau&thn kai\ kubernh&thn proqu&mouj ei]nai, kai\ skopei=sqai o3pwj mh&q' e9kw_n mh&t' a1kwn mhdei\j a)natre/yei : e0peida_n d' h( qa&latta u(pe/rsxh|, ma&taioj h( spoudh&.

(Démosthène, Philippique 3, 69) [Sbj Pr, xrh&]

Tant que l'esquif est sauf, alors il faut que et le matelot et le pilote soient pleins d'ardeur, et veillent à ce que personne, ni volontairement, ni involontairement, ne le fasse chavirer; mais lorsque la mer l'a submergé, le zèle est vain.

Le verbe de toutes les protases est au subjonctif présent. Le verbe des apodoses assertives est à l’indicatif présent ou futur. Les apodoses exprimant une obligation comportent un verbe à un mode injonctif (impératif) ou un verbe exprimant l’obligation (dei=, xrh& « il faut »).

  8.2.3.3. Conclusion : l’expression de l’éventualité dans une phrase complexe

L'accomplissement de l'événement présenté dans la principale est entièrement dépendant de la réalisation de l'événement énoncé dans la subordonnée. Subordonnée et principale forment ce que l'on appelle un système.

S'il arrive (= toutes les fois qu'il arrive) que événement1, il se passe événement2.

S'il arrive que événement1, il se passera événement2.

S'il arrive que événement1, il faut / faudra réaliser événement2.

On peut distinguer des éventualités valables dans le monde actuel et des éventualités valables dans un monde à venir. Les éventualités valables dans le monde actuel se trouvent dans des énoncés de valeur générale : lois scientifiques, morales ou juridiques (si / quand il se passe tel événement, il advient tel événement) ; elles ont un caractère habituel et répétitif. Les éventualités valables dans un monde à venir s'observent quand un locuteur envisage diverses perspectives probables pour l'avenir et énonce ce qui s'ensuivra de chacune.

La proposition principale peut être de modalité assertive ou déontique.

- Les formulations d'une généralisation de l'expérience (lois naturelles ou morales) ont une principale de modalité assertive :

S'il arrive (= toutes les fois qu'il arrive) que événement1, il se passe / passera événement2.

- Lorsqu'il s'agit de prescrire ce que l'on doit faire à la suite de tel ou tel événement probable, la modalité de la principale est déontique, c'est-à-dire qu'elle contient un impératif ou un verbe d'obligation, verbe impersonnel  (dei=, xrh& « il faut ») ou adjectif verbal d’obligation :

S'il arrive que événement1, il faut / faudra réaliser événement2.

L'événement éventuel peut s'exprimer dans ces catégories de propositions subordonnées :

- les subordonnées qui expriment une circonstance temporelle (quand, lorsque, dès que)

- les subordonnées qui expriment une hypothèse (si)

- les subordonnées qui expriment une hypothèse concédée (même si)

- les subordonnées relatives de sens temporel ou hypothétique (quelqu'un qui fera = quand quelqu'un fait ou si quelqu'un fait).

En grec, dans ces subordonnées, le mot subordonnant est immédiatement suivi de la particule a!n. Les subordonnants qui se terminent par une voyelle élident cette voyelle, et subordonnant et particule ne forment plus qu'un seul mot.

subordonnants temporels

quand

o#te

à

o#tan

 

lorsque

e)peidh&

à

e)peida&n

 

dès que, tant que

e#wj

à

e#wj a!n

 

jusqu'à ce que

     

subordonnants d' hypothèse

si

ei)

à

e)a&n, a!n

subordonnants d'hypothèse concédée

même si

kai_ ei)

à

kai_ e)a&n, ka!n

subordonnants relatifs

(celui) qui

o#stij

à

o#stij a!n

  8.2.4 L'expression d’une fiction possible

Cette situation imaginée peut concerner le moment actuel ou l’avenir: c’est ce qu’on appelle le potentiel.

Examen de quelques phrases

(1)a)poqa&noij a!n, ei) bou&loito qana&tou soi tima=sqai

(Platon, Gorgias, 486b)

Tu mourrais s'il voulait proposer la peine de mort contre toi [2 OPT].

L'hypothèse peut être une pure possibilité (parfaitement invraisemblable) :

(2) fai&h d ) a@n h( qanou=sa& g ), ei) fwnh_n la&boi (Sophocle, Electre, 548)

La morte dirait, si elle prenait la parole…[2 OPT].

L'hypothèse peut être présentée comme possible dans le monde actuel ou à venir :

(3) ei) ou}n tij h(ma=j e!roito, ti& a@n au)tw|= a)pokrinai&meqa (Platon, Protagoras, 311d)

Si on nous posait la question, que répondrions-nous?[2 OPT].

Conclusions de l’observation

Le verbe est toujours à l’optatif dans les deux propositions. Dans l’apodose, il est accompagné de a@n, qui se place avant lui ou juste après.

La négation est mh& dans la protase (l’événement est envisagé comme non réel) et ou) dans l’apodose (l’événement est conçu comme réalisable dans le cadre construit par l’hypothèse).

  8.2.5 L'expression d’une fiction démentie par les faits

Le démenti peut être évident compte tenu de l’état de choses actuel ou passé (irréel dans le présent ou dans le passé).  S’il ne l’est pas, le locuteur a soin de l’expliciter : alors le système conditionnel Si p, P1 est le plus souvent suivi de nu=n de& P2 « mais en réalité P2 » ; cetteP2 amène l'attention sur une réalité qui dément explicitement la fiction déjà elle-même marquée comme contraire aux faits par le choix de la formule de système hypothétique irréel.

  8.2.5.1. Examen de quelques phrases

En contexte de présent / futur (par exemple en discours), c’est  l’irréel du présent :

(1) ei) pa&nq ) ou#twj ei}xen, ou)d ) a@n e)lpij h}n (Démosthène, 4, 2)

  Si tout en allait ainsi, il n'y aurait pas même d'espoir. [2 IND IMPFT].

(2) ei) me_n ga_r ei{j h}n o(  !Erwj, kalw=j a@n ei}xe, nu=n de_ ou) ga&r e)stin ei{j.

 (Platon, Banquet, 180c) [2 IND IMPFT]

Si l'Amour était unique, ce serait bien, mais en réalité il n’est pas un.

En contexte de passé (par exemple dans un récit), c’est l’irréel du passé :

(3) ei) toi&nun o( Fi&lippoj to&te tau&thn e!sxe th_n gnw&mhn, ou)de_n a@n e!pracen  w{n nuni_ pepoi&hken (Démosthène, 4, 5) [2 IND AOR].

Si donc Philippe avait eu alors cette opinion, il n'aurait rien fait de ce qu'il a fait.

(4) kai_ i!swj a@n dia_ tau=ta a)pe&qanon, ei) mh_ h( a)rxh_ dia_ taxe&wn katelu&qh

(Platon, Apologie, 32d) [2 IND AOR].

Peut-être aurais-je été mis à mort pour cette raison, si le régime n'avait pas tardé à tomber.

(5) ei) mh_ oi( Qhbai=oi meq ) u(mw=n e)ge&nonto, w#sper xeima&rrouj a@n a#pan to_ pra=gma ei)j th_n po&lin ei)se&pesen [indic. AOR de ei)spi&ptw]

 (Démosthène, Couronne, 153) [2 IND AOR].

Si les Thébains n'avaient pas été avec vous, comme un torrent tout le poids de la guerre serait tombé sur la cité [2 IND AOR].

(6) to_n Fi&lipppon e)n tw=|  (Ellhspo&ntw| katela&bomen a@n, ei) tij e)pei&qeto& moi

(Démosthène, Ambassade, 163) [AOR, IMPFT].

On aurait surpris Philippe dans l'Hellespont, si l'on m'écoutait.

  8.2.5.2. Conclusion de l'observation

irréel du présent :

ei) + imparfait ..., a@n + imparfait

irréel du passé :

ei) + aoriste (ou imparfait) ..., a@n + aoriste

A l’irréel du passé, le choix de l’imparfait ou de l’aoriste obéit à des considérations aspectuelles.

  8.2.6 Récapitulation sur l’expression des modalités dans les systèmes hypothétiques

 

Protase

Apodose

système hypothétique

de l'objectivité

ei) + indicatif

« s'il est vrai que »

le plus souvent,

indicatif présent,

mais le choix

du mode est libre

système hypothétique

de l'éventualité

e)a&n+ subjonctif

indicatif présent

ou futur

système hypothétique

de la fiction possible

ei) + optatif

optatif + a!n

(potentiel)

système hypothétique

de la fiction démentie

par les faits (irréel)

ei) + indicatif

imparfait ou

 aoriste

indicatif+ a!n

 (irréel)

imparfait ou

 aoriste

  8.2.7. Subordonnée relative substitut de protase hypothétique

L’hypothèse peut être exprimée non seulement dans une protase introduite par ei) ou e)a&n, mais aussi dans une proposition introduite par un pronom relatif. Cette proposition relative a le même sens hypothétique que ces protases. La négation est mh&.

Au)to_ to_ a)poqnh|&skein ou)dei_j fobei=tai o#stij mh_ panta&pasin a!nandro&j e)stin.

(Platon, Gorgias, 522 e)

La mort elle-même, personne qui ne soit tout à fait lâche ne la craint (personne, s’il n’est pas tout à fait lâche…).

Sunqh=kai& ei)sin ai#tinej a@n i!swj a)mfote&roij e!xwsin.

(Isocrate, Panathénaïque, 116) [relative à modalité éventuelle]

Sont des traités <les stipulations> qui < à chaque fois > sont égales pour les deux parties.

  8.2.8 Dans les subordonnées dépendant d’un système à modalité épistémique

Une proposition relative qui dépend d’une protase à l’éventuel s’exprime elle-même à l’éventuel puisque son contenu événementiel a le même degré de probabilité que celui de la protase :

)Epeida_n w{n a@n pri&htai ku&rioj ge&nhtai,  tw|= prodo&th| sumbou&lw| peri_ tw=n loipw=n ou)ke&ti xrh=tai  (Démosthène, Couronne, 47)

Quand on devient maître de ce qu’on a acheté, on ne prend plus le traître comme conseiller pour le reste.

Une subordonnée relative, finale ou temporelle qui dépend d’une proposition à l’optatif potentiel ou à l’indicatif irréel peut avoir elle aussi son verbe à l’optatif ou à un temps secondaire de l’indicatif (ici, c’est un phénomène d’attraction) :

e)xrh=n tou_j a@llouj e)painei=n tou_j e)f ) au)tw=n a!ndraj a)gaqou_j gegenhme&nouj, i#n ) oi( new&teroi filotimwte&rwj die&keinto pro_j th_n a)re&thn 

(Isocrate, Evagoras 5) [die&keinto indicatif imparfait, comme e)xrh=n]

Il faudrait louer nos contemporains qui ont été des hommes de bien, afin que les jeunes hommes aient des dispositions plus zélées pour la vertu.

  8.3 Compatibilité des divers ensembles

Certains peuvent coexister, mais alors ils n’ont pas la même portée. Ainsi, un système hypothétique peut comporter dans son apodose un adverbe de modalité :

Si Philippe renonçait à ses ambitions, alors il y aurait peut-être la paix.

Dans ce cas, le potentiel vaut pour le fait énoncé dans l’apodose, tandis que l’adverbe de possibilité porte sur l’implication entre la protase et l’apodose (l’implication, d’ordinaire certaine, devient en ce cas simplement possible).

De même, le verbe « pouvoir » dans l’apodose exprime que l’implication est seulement possible.

 9. LES PAROLES RAPPORTEES: DICOURS DIRECT, DISCOURS INDIRECT

Il y a discours rapporté lorsqu’un locuteur rapporte les paroles d'un autre locuteur. Dans cette situation de discours, il y a donc deux cadres énonciatifs différents :

- CE0, où parle le locuteur principal L0 (émettant un énoncé é0) en un temps t0 à l’intention d’un interlocuteur IntL0.

- CE1, où s’exprime le locuteur L1 (dont les paroles sont rapportées par L0) en émettant un énoncé é1 en un temps t1 à l’intention d’un interlocuteur IntL1.

Le moment t1 est le plus souvent antérieur au moment t0 (sauf si é1 est une prévision ou une prophétie).

  9.1. Discours direct

Il peut être introduit par un énoncé tel que ei}pen w{de « X parla ainsi : » par lequel L0 précise qui est L1, c’est-à-dire l’auteur du é1 qu’il transcrit.

)Emble&pwn au)tw=|, o( Ku=roj e!legen :  }W mh=ter, w(j kalo&j moi o( pa&ppoj

(Xen. Cyr. I, 3, 2) Cyrus le contempla et dit: « Mère, que mon grand-père est beau! »

Il y a en général une incise, au début de chaque tour de parole,  qui permet d’assigner chaque énoncé à son locuteur : fhsi& / fasi&« dit-il »/« disent-ils », e!fh / e!fasan « disait-il »/  « disaient-ils », ou encore h} d' o#j « dit-il ».

  9.2. Discours indirect

L0 rapporte selon son point de vue les propos de L1 en intégrant les énoncés é1 dans son propre énoncé é0 et en les transposant. Les énoncés é1 s'en trouvent modifiés car ils ne sont plus repérés par rapport au cadre énonciatif CE1 mais par rapport à CE0 : ainsi l'antériorité de t1 est marquée en français par des temps du passé, L1 n'est plus le locuteur qui dit « je »…

Chaque langue a des usages particuliers pour l'emploi des temps et  l'expression des personnes du dialogue rapporté en DI, pour la transposition des modalités des phrases des énoncés é1 (assertion, question, ordre...) et les marqueurs de l'intégration des énoncés é1 dans l'énoncé é0 (conjonctions de subordination…). Chaque locuteur dispose aussi de plusieurs façons de rapporter les énoncés é1, allant d'une préservation assez grande de l'énoncé é1 jusqu'à des transpositions diverses qui peuvent d'une part marquer plusieurs degrés de distanciation de L0 par rapport à l’énoncé rapporté é1 et d'autre part plusieurs degrés de fidélité à la littéralité de l'expression (de la reproduction littérale des propos de L1, fréquente par exemple quand é1 est un serment, jusqu'à un résumé très succinct).

L’énoncé é0 comporte le plus souvent le verbe signifiant « dire », « penser », « vouloir », mais il peut être introduit aussi par un nom de sens déclaratif ; a)pologi&a est ainsi l’introducteur du discours rapporté en Lysias, 12, 7 :

i#na au)toi=j h|} pro_j tou_j a!llouj a)pologi&a, w(j ou) xrhma&twn e#neka tau=ta pe&praktai

<les Trente ont arrêté deux métèques pauvres sur dix, afin, disent-ils, > d’avoir une justification vis-à-vis des autres, qu’ils n’avaient pas fait cela pour l’argent.

  9.2.1. Emploi des pronoms personnels

Ils sont en général ceux que L0 emploie pour situer les protagonistes par rapport à lui-même dans le CE0.

Lorsque L1 et IntL1 et les personnes dont ils ont parlé sont toutes étrangères au CE0, toutes ces personnes sont désignées par des marques de troisième personne, et il peut être difficile de les distinguer et de savoir ce qu'a dit ou fait chacun. L1 est en général distingué parce qu'il est fait mention de lui par des pronoms réfléchis (dans la mesure où il est à la fois sujet ou complément de certains verbes de é1 et sujet du verbe qui introduit le discours indirect). Pour les autres personnages, ce sont o( de&, au)to&n et les démonstratifs qui assurent leur identification, selon les règles habituelles de l'anaphore (ou parfois de la deixis, pour les démonstratifs) ; un narrateur soigneux essaye de les différencier par l'usage de pronoms différents, mais il peut subsister des cas où la référence n'est pas claire.

Il y a quelques exceptions à la règle générale de situation des protagonistes par rapport à L0 dans le CE0 : ainsi, dans une complétive introduite par o#ti, L0 peut insérer une formulation en discours direct, où les pronoms personnels et les terminaisons personnelles des verbes sont alors choisis en fonction du point de vue de L1 :

Le&gei pro_j e)me_ Xarmi&dhj o#ti tw=n paro&ntwn kakw=n o(ra|=j to_ me&geqoj  (Andocide, Mystères, 49)

Charmide me dit que ‘tu vois l’étendue de nos malheurs présents’.

L’usage des pronoms personnels du discours direct n’est pas exclu, même dans une proposition subordonnée dépendant d'une proposition principale rapportée :

Meta_ tou=ton a!lloj a)ne&sth, e)pideiknu_j w(j eu!hqej ei!h h(gemo&na ai)te=in para_ tou&tou w|{ lumaino&meqa th_n pra=cin  (Xénophon, Anabase, 1, 3, 16)

Après lui un  autre se leva pour déclarer qu’il était naïf de demander un chef à l’homme dont on ruinait l’entreprise.

  9.2.2. Emploi des marqueurs d’intégration de é1 dans é0

9.2.2.1.  é1 est une assertion

- Pour toutes les assertions (de pensée aussi bien que de parole), le verbe peut être à l'infinitif (il se signale ainsi comme subordonné) et il n'y a pas de conjonction introductrice.

Gene&sqai fasi_ to_n Gu&ghn poime&na (Platon, République, 358c)

On dit que Gygès fut berger.

- Une assertion de pensée est en principe toujours à l'infinitif, mais certains verbes admettent une construction à conjonction o#ti ou w(j :

)Elogi&zonto to_ i(ppiko_n w(j to_ me_n a)nti&palon polu&, to_ de_ au(tw=n o)li&gon ei!h(Xénophon, Helléniques, 3, 5, 23)

Ils calculaient que la cavalerie adverse était nombreuse et la leur faible.

-  Si é1 est une assertion de paroles, é1 est fréquemment introduit par les conjonctions complétives o#ti ou w(j. Le choix entre o#ti et w(j est une question débattue : pour certains, ce sont deux subordonnants complétifs vides de sens, pour d’autres, il y a une opposition sémantique selon laquelle la conjonction w(j exprime un fait allégué, alors qu’en employant o#ti, L0 manifeste qu'il considère les paroles rapportées comme un fait avéré.Ceux qui nient l’existence d’une opposition s’appuient sur le fait que toute proposition complétive introduite par w(j ne contient pas l’énoncé d’un fait allégué : certains énoncés sont vrais du point de vue de L0 ; mais w(j peut y signifier ‘comment’ et non ‘que’, c’est donc un autre emploi, comme on le constate en Lys. XIX, 55 :

#Oti ou)k e)ch&rkei ta_ e)kei&nou ei)j to_n e!kploun, a)lla_ kai_ w(j a!lloqen prosedanei&sato a)khko&ate.

Sur le fait que sa fortune ne suffisait pas à l’expédition, mais aussi comment il emprunta ailleurs, vous l’avez entendu.

Quand Hérodote écrit fhmi& w(j,  L0 dénonce toujours le discours de L1 comme mensonger :

Fame&nwn de_ e)kei&nwn w(j ei!h te so&oj peri_  )Itali&hn...  (Hérodote, I, 24)

Ceux-là, disant (= prétendant) qu'il était bien portant en Italie, … (les marins mentent puisqu'ils ont jeté Arion à la mer).

Avec le&gei o#ti, à l’inverse, L0 considère le discours de L1 comme expression véridique :

e)gw_ ga_r au)to&pthj toi le&gw geno&menoj o#ti nu=n … (Hérodote, VIII, 79)

J'affirme en effet, en homme qui a vu de ses yeux, que …

- Un énoncé é1 de serment conserve même en discours indirect sa locution introductrice h} mh_n. Il est à l'infinitif : infinitif futur pour les engagements pour l'avenir, infinitif aoriste quand le serment assure la vérité d’un fait passé, infinitif présent (ou parfait), pour les serments qui sont de réalisation immédiate ou qui décrivent un état actuel :

a)pomo&saj h} mh_n  mh_ ei)de&nai …   (Platon, Lois, 937a)

… jurant qu’il ne sait pas…

9.2.2.2.  Si é1 est une question, elle devient une interrogation indirecte.

L’interrogation rapportée en discours indirect a des marques distinctes de l’interrogation directe, même s’il y a des parallélismes et même des points communs entre l’interrogation directe et l’interrogation indirecte en grec. Comme dans la phrase interrogative indépendante, il faut distinguer l'interrogation totale et l'interrogation partielle.

Une question totale rapportée en discours indirect est introduite par ei). Le marquage des diverses attentes du locuteur à propos de l’orientation de la réponse est propre au discours direct et n’est pas conservé en discours indirect. Les temps et les modes du discours direct sont conservés après les verbes signifiant « dire si » et « demander si ».

h!reto ga_r dh_ ei! tij e)mou= ei!h sofw&teroj  (Platon,  Apologie,  21a)

Chéréphon demanda donc s'il y avait quelqu'un de plus savant que moi.

Rapportée en discours indirect, une interrogation bi-nucléaire  est introduite soit par po&teron  (ou o(po&teron) et h!,soit par ei) et h!, soit par ei!te et ei!te :

o( de_ Kle/arxoj e0bouleu&eto Pro&cenon kale/saj ei0 pe/mpoie/n tinaj h2 pa&ntej i1oien e0pi\ to_ strato&pedon.  (Xénophon, Anabase, 1, 10,5)

Cléarque délibérait avec Proxène, qu’il avait appelé, < pour décider > s'ils en enverraient quelques-uns ou s'ils iraient tous au secours de l’armée.

Quand l'interrogation porte sur un des constituants de la phrase (interrogation partielle), ce constituant apparaît sous la forme d'un pronom ou d'un adverbe interrogatif ; ces derniers sont différents selon que la phrase interrogative est autonome ou qu'elle est rapportée en discours indirect :

On interroge par à

sur …

Interrogatifs directs

Interrogatifs indirects

     

l’identité

ti&j

o#stij

une qualification de

   

- qualité

poi=oj

o(poi=oj

- mesure

phli&koj

o(phli&koj

- quantité

po&soj

o(po&soj

- nombre

po&soi

o(po&soi

une évaluation

d’intensité par un

adverbe

po&son

o(po&son

une circonstance

du procès :

   

- lieu où l'on est

pou=

o#pou

- lieu où l'on va

poi=

o#poi

- lieu d'où l'on vient

po&qen

o(po&qen

- lieu par où l'on passe

ph|=

o#ph|

- moment

po&te

o(po&te

- manière

pw=j

o#pwj

Dans le discours rapporté, on trouve le plus souvent les formes de la deuxième colonne, parfois celles de la première.

Remarque :

Certaines propositions interrogatives indirectes, qui apparaissent en dépendance d’un verbe signifiant « savoir » et accompagné  d’une négation ou d’une modalité interrogative (la phrase exprime une ignorance), ne font pas partie d’un discours rapporté :

h|!dh ei! ti ka)kei=noj ei}xe sidh&rion ;  (Lysias, 1, 42)

Est-ce que je savais si lui aussi  il <n’>avait <pas> une arme ?

ta_ e)kpw&mata ou)k oi}da ei) tou&tw| dw=  (Xénophon, Cyropédie, 8, 4, 16)

Je ne sais pas si je dois lui donner les coupes [subjonctif délibératif].

o#poi de_ kexw&rhken ou)k oi}da  (Achille Tatius, 3, 23, 2)

… où il a abouti, je ne le sais pas.

9.2.2.3.  é1 est un ordre ou un souhait

Si le locuteur L1 a proféré l'énoncé rapporté comme un ordre ou un souhait, celui-ci est transposé en proposition infinitive dans le discours rapporté, et il n'y a donc pas de conjonction de subordination.

(Opli&taj e)ke&leuse au)tou= mei=nai   (Xénophon, Anabase, 1 , 5, 13)

Il ordonna aux hoplites de rester là.

)Ebou&leto tw=| plh&qei dokei=n pisto_j ei}nai (Lysias, 12, 67)

Il voulait paraître loyal au peuple.

La conservation d'un impératif du D.D. après o#ti est exceptionnelle :

)Edeh&qh h#kein au)to_n e)pi_ kw=mon, le&gwn o#ti meqau(tou= kai_ tw=n oi)kei&wn pie&tw. (Lysias, fr.75, 3)

Il le pria de venir festoyer, disant qu'il boive avec lui et les gens de la maison.

9.2.2.4.  é1 est une assertion d’espoir

La complétive peut être conçue par le locuteur comme la reprise des paroles prononcées, et l'on a alors l'infinitif dit ‘de transposition’, au futur en général :

e)n e)lpi&di w@n ta_ tei&xh ai(rh&sein  (Thucydide, 7, 46)

… espérant qu'ils s'empareraient des remparts.

Si L0 considère que le caractère volitif de l'acte de langage l'emporte, l’infinitif a les mêmes propriétés qu’après les verbes signifiant « vouloir » ou « ordonner » (le choix du thème verbal relève de l'aspect, la négation est mh&) :

ei) ga_r krath&seian tw|= nautikw=|, to_  (Rh&gion h!lpizon r(adi&wj xeirw&sasqai  (Thucydide, 4, 24)

S'ils l'emportaient par leur flotte, ils espéraient mettre la main [infinitif aoriste] facilement sur Rhégion.

  9.2.3. Emplois des modes

Puisqu'il rapporte les paroles ou les pensées de quelqu'un, l'énoncé au discours indirect est introduit par un verbe signifiant 

-  « dire » (é1 est un énoncé assertif de fait réel ou possible) ou « penser » (é1 est un énoncé assertant une opinion),

-  « jurer » (é1 est un énoncé d’assertion passée, présente ou future), « promettre » ou « espérer » (énoncé d’assertion future)

-  «  interroger » (é1 est alors un énoncé interrogatif),

-  « ordonner », « défendre » ou « empêcher » (é1 est alors un ordre ou une défense).

Ceci nous renvoie à la distinction, en discours direct, entre les modalités de phrase (assertion / interrogation / ordre et  défense / souhait et regret). Ces verbes introduisent des propositions subordonnées qui transposent en discours indirect ces différents types de modalités.

Rapporter des

en D.D.

en D.I. qui conserve

les modes personnels du D.D.

(et les mêmes temps)

en D.I.

à l’infinitif

(mode impersonnel)

en D.I. distancié

à l’optatif oblique

Assertions

indicatif /

optatif de

 possibilité

(avec a!n)

neg. ou)

o#ti / w(j + indicatif

ou optatif potentiel

(avec a!n)

neg. ou)

Prop. infinitive :

mêmes temps

qu’en D.D.,

(si potentiel :

a!n + infinitif)

neg. ou)

o#ti / w(j +

optatif, mêmes

temps qu’en D.D.,

neg. ou)

Questions

indicatif /

optatif potentiel/

subj. délibératif

neg. ou)

Sub-antInterrog.+ indicatif  /

optatif potentiel /

parfois  subj.

 délibératif

 

Sub-antInterrog.+ optatif, mêmes

temps qu’en D.D.,

neg. ou)

Serments

indicatif

 

Prop. infinitive :

mêmes temps

qu’en D.D. [1]

 nég. mh&

 

Ordres

impératif /

subjonctif

nég. mh&

o#ti / w(j + impératif

(rare)

Prop.infinitive :

valeurs aspectuelles

des thèmes

 verbaux,

nég. mh&

 

Souhaits

optatif

nég. mh&

   

Expliquons les raisons énonciatives de l'emploi de chacun de ces modes. Il faut distinguer :

 – le discours indirect qui conserve les temps du discours direct

En conservant la perspective énonciative (temps t1) de L1, L0 donne à écouter les paroles de L1 simplement insérées dans sa propre parole narrative. Le point de vue se déplace du CE0 au CE1 : l’interlocuteur est invité à retourner en arrière dans le temps pour écouter les propos comme s'il y avait assisté. L1 avait énoncé le fait comme réel (en employant l'indicatif) ou comme possible (en employant le potentiel), L0 maintient ce point de vue. C'est l'emploi de la conjonction introductrice du discours indirect qui marque si L0 adhère à ce point de vue (L0 emploie alors o#ti) ou si l'assertion ne vaut que du point de vue de L1 (L0 emploie alors w(j pour introduire le propos de L1).

 - l'infinitif de transposition

Avec l'infinitif, qui exprime la notion verbale abstraitement, L0 présente ce qu'a dit L1 comme une assertion de pensée et non comme une parole énoncée. De ce fait, il y a deux interprétations possibles : L0 peut énoncer é1 soit de façon détachée (il répète, sans plus) soit comme son opinion personnelle (il affirme son opinion, mais ne considère pas l'action comme un fait).

 – l'optatif oblique

Ce mode ne s'emploie qu’en dépendance d’un verbe principal de parole à un temps du passé : indicatif imparfait ou aoriste, ou présent de narration.

L’énoncé suivant illustre cependant le cas d'un présent qui introduit un discours rapporté à l'optatif oblique ; mais c’est un présent de narration, donc à valeur de passé :

Tissafe&rnhj diaba&llei to_n Ku=ron pro_j to_n a)delfo_n w(j e)pibouleu&oi au)tw|= (Xénophon, Anabase, 1, 1, 3)

Tissapherne dénonce Cyrus et déclare à son frère qu’il complote contre lui.

Avec ce mode qui marque la moindre actualisation, le point de vue reste en CE0, et CE1 est ainsi posé comme non-actuel ; L0 dé-réalise les propos passés de L1 et les donne à entendre dans son récit comme une parole énoncée dans le passé, et donc comme une parole dissociée de la sienne.

L’optatif oblique transpose des formes verbales qui, en discours direct, auraient été à l’indicatif ou au subjonctif délibératif :

Kai_ au)toi_ e)bouleu&onto ei) au)tou= mei&nantej ta_ skeuofo&ra e)ntau=qa a!gointo h@ a)pi&oien e)pi_ to_ strato&pedon  (Xénophon, Anabase, 1, 10, 17)

Ils délibéraient s'ils resteraient là et feraient venir leurs bagages, ou s'ils regagneraient eux-mêmes leur camp. (D.D : a!gwmen h@ a)pi&wmen;)

  9.2.4. Les correspondances de temps en transposition à l'infinitif et à l'optatif

Dans le D.I., l'infinitif déclaratif et l'optatif oblique représentent les temps de l'indicatif du thème correspondant:

infinitif

 

temps de l'indicatif

présent

 

du thème présent = prés. et impft.

 parfait

 

du thème parfait =pft et pqpft

aoriste

 

du thème aoriste

 futur

 

du thème futur

optatif oblique

 

forme du D.D. : temps de l'indicatif

présent

 

du thème présent = prés. (Les imparfaits

   

du discours direct restent à l'imparfait)

 parfait

 

du thème parfait = pft.

aoriste

 

du thème aoriste

 futur

 

du thème futur

Dans le D.I., l'infinitif déclaratif avec a!n représente les potentiels et les irréels :

infinitif avec a!n

 

forme du D.D.

modalité

présent

 

présent de l'optatif

potentiel

   

imparfait de l'indicatif

irréel

aoriste

 

aoriste de l'optatif

potentiel

   

aoriste de l'indicatif

irréel

  9.2.5. Cooccurrences de plusieurs types de transposition de mode  dans le même énoncé

À une première proposition à l'indicatif introduite par la conjonction o#ti peut succéder une proposition à l'optatif oblique ou une proposition à l'infinitif :

le&gontej o#ti, e)a_n nausi_  kai_  pezw=| a#ma meta_  sfw=n e!lqwsin, a)duna&twn o!ntwn cumbohqei=n tw=n a)po_  qala&sshj  )Akarna&nwn r(a|di&wj  )Akarnani&an sxo&ntej kai_  th=j Zaku&nqou kai_  Kefallhni&aj krath&sousi, kai_  o( peri&plouj ou)ke&ti e!soito  )Aqhnai&oij o(moi&wj (Thucydide, 2, 80)

<les alliés de Sparte> disant que, s'ils venaient [subjonctif éventuel] avec une flotte et une armée de terre, ils se rendraient aisément maîtres [indicatif futur] de <l'entrée orientale du golfe de Corinthe>…, et que le tour du Péloponnèse ne se ferait plus [optatif oblique au futur] de la même façon pour les Athéniens.

Oi$ de_ e!legon pa&nta ta_ gegenhme&na, kai_ nu=n o#ti poliorkou=ntai e)pi_ lo&fou, oi( de_ Qra=kej pa&ntej perikekuklwme&noi ei}en tou_j  #Ellhnaj.(Xénophon,  Anabase, 6, 3, 11)

Ils (sc. les vieillards) lui dirent tout ce qui s'était passé, qu'actuellement les Grecs étaient assiégés [indicatif présent] sur une hauteur, que les Thraces en masse les tenaient investis de tous les côtés [optatif oblique au parfait moyen].

Les soldats péloponnésiens criaient de tous côtés (diebo&wn w(j) que (?) / comment la situation était compromise (fqei&retai) par Astyochos et Tissapherne, l'un (tou= me_n) ne voulant pas combattre sur mer …tout au contraire, à attendre les navires phéniciens de Tissapherne, il risquerait (kinduneu&sein) d'user leurs forces; quant à Tissapherne (to_n de_ Tissafe&rnhn), il n'amenait pas (ou) komi&zein) les vaisseaux, et que (kai_ o#ti) en donnant des moyens de subsistance irréguliers et incomplets, il nuisait (kakoi=) à la flotte (Thucydide, 8, 78).

Dans cet énoncé, le D.I. commence à l’indicatif pour un événement rapporté comme factuel par les soldats (mais Thucydide établit une distance énonciative par l’emploi de la conjonctionw(j), il se poursuit à l’infinitif (discours rapporté à valeur temporelle des thèmes verbaux) et s’achève par un optatif oblique introduit paro#ti(Thucydide considère que c’est un fait objectif, mais en rapporte l’énonciation dans le passé).

Après une proposition infinitive ou une complétive introduite paro#ti, on peut trouver une proposition apparemment indépendante, introduite parga&r ou ou]n(et donc liée à la précédente pour le sens puisqu'elle en indique une explication ou une conséquence) dont le verbe est à un des modes du discours indirect (infinitif ou optatif oblique) :

Tou=to d' ei! tinej nomi&zousin polla_j ta_j metabola_j gi&gnesqai, ta_j ga_r dunastei&aj ou)de&pote toi=j au)toi=j parame&nein, h(gou=mai kai_ tou&touj ei}nai meq' h(mw=n. (Isocrate, Panégyrique, 22)

Si certains pensent que les changements sont fréquents – car la puissance ne reste jamais aux mêmes –, j'estime qu'ils sont encore avec nous.

  9.2.6. Du discours indirect au discours narrativisé

L0 présente l'événement comme réel avec l'indicatif, mais en le repérant comme passé par rapport à t0 (avec l’indicatif imparfait) : le point de vue temporel de L1 n'est donc pas maintenu. En employant le temps et le mode de sa propre narration, L0 produit un récit qui n'est plus du discours rapporté. Il utilise les propos de L1, mais ne les laisse pas entendre.

 e!legon polloi_ kata_ tau)ta_ o#ti panto_j a!cia le&gei Seu&qhj: xeimw_n ga_r ei!h kai_ ou!te oi!kade a)poplei=n tw=| tou=to boulome&nw|  dunato_n ei!h, diagene&sqai te e)n fili&a| ou)x oi{o&n te, ei) de&oi w)noume&nouj zh=n, e)n de_ th=| polemi&a| diatri&bein kai_ tre&fesqai a)sfale&steron meta_ Seu&qou h@ mo&nouj, o!ntwn a)gaqw=n tosou&twn. ei) de_ misqo_n proslh&yointo, eu#rhma e)do&kei ei}nai.  (Xénophon, Anabase, 7, 3, 13)

Beaucoup disaient que Seuthès disait [indicatif présent] des choses avantageuses ; on était en hiver [optatif oblique présent] et, même si on le voulait, on ne pouvait pas [optatif oblique présent] mettre à la voile pour rentrer chez soi ; rester en pays ami, ce n'était pas possible, s'il fallait vivre [optatif oblique présent] en achetant sa nourriture ; et séjourner et s'alimenter en pays ennemi était plus facile avec Seuthès que  seuls. Avec tous ces avantages, si en plus on touchait [optatif oblique futur] une solde, cela semblait [indicatif imparfait] une aubaine.

  9.2.7. Un discours indirect «troué » par l'insertion d’enclaves de narration


Un événement présenté par L0 comme réel dans le passé est exprimé à l’indicatif à un temps du passé : il ne fait pas partie du discours rapporté.

La&maxoj ... nau&staqmon de_ e)panaxwrh&santaj kai_ e)formhqe&ntaj Me&gara e!fh xrh=nai poiei=sqai, a$ h}n e)rh=ma. (Thucydide, 6, 49, 4)

Lamachos disait qu'il fallait [infinitif présent], ramenant la flotte en arrière après l’attaque, prendre comme station navale et mouillage Mégara, qui était [indicatif imparfait] <alors> déserte.

C’est le narrateur qui énonce que Mégara  était déserte au moment où Lamachos parlait ; dans la traduction française, il faut rajouter l'adverbe de temps alors pour marquer que c'est le point de vue du narrateur.

  9.2.8. Emploi des modes et des temps dans les  subordonnées du discours indirect

Si les propositions principales du discours indirect sont à l'infinitif, les  subordonnées du discours indirect (relative, temporelle, causale, hypothétique…) peuvent être elles aussi à l'infinitif, mais cette attraction est rare :

Ou{toj de_ koimhqei_j e)nu&pnio&n fhsin i)dei=n, o$ tw|= dh&mw| a)paggei=lai.

 (Hypéride, P. Eux. 14)

Il dit qu’après s’être couché, il eut un songe, qu’il rapporta au peuple.

e)peidh_ de_ gene&sqai e)pi_ th|= oi)ki&a| th|=  )Aga&qwnoj, a)newgme&nhn katalamba&nein th_n qu&ran. (Platon, Banquet 174d)

<Il dit que> lorsqu’il fut près de la maison d’Agathon, il trouva la porte ouverte.

e!fh de&, e)peidh_ ou{ e)kbh=nai, th_n yuxh_n poreu&esqai meta_ pollw=n, kai_  a)fiknei=sqai sfa=j ei)j to&pon tina_ daimo&nion, e)n w|{ du& ei}nai xa&smata. (Platon, République, 614 b-c)

Il dit qu'après être sortie de lui, son âme s'en alla avec beaucoup d'autres et qu'elles arrivèrent dans un lieu divin où se trouvaient deux gouffres.

Oi(  )Aqhnai=oi ... e!fasan ... au)toi_ ei) me_n e)pi_ ple&on dunhqh=nai th=j e)kei&nwn krath=sai, tou=t ) a@n e!xein   (Thucydide, 4, 98)

Les Athéniens disaient que s'ils avaient pu eux-mêmes s'emparer d'une plus grande partie de la Béotie, ils l’auraient conservée.

Dans un discours dont les propositions principales sont à  l'optatif oblique, les subordonnées se mettent souvent elles aussi, par attraction, à l'optatif oblique :

kai_ ou{toi fu&lakaj kate&sthsan e)pi_ tou= te&gouj, i#n', o(po&te e)ce&lqoi to_ meira&kion, ei)sarpa&seian au)to&n. (Lysias, 3,11)

Ils placèrent des sentinelles sur le toit, afin que (se disaient-ils) quand le jeune garçon sortirait, on lui mette la main dessus.

tou&touj ou]n e)bou&lonto a(mw=j ge& pwj e)kpodw_n poih&sasqai, i#na r(a/di&wj  a$ bou&lointo diapra&ttointo. (Lysias, 13,7)

Ils voulaient s'en débarrasser, afin de réaliser facilement ce qu'ils voulaient.



[1] Infinitif futur pour les engagements pour l'avenir, infinitif présent (ou parfait), pour ceux qui sont de réalisation immédiate ou qui décrivent un état actuel, infinitif aoriste quand le serment assure la vérité d’un fait passé.