La place des Mosaïques

 

La place des Mosaïques a été crée dans le cadre de l'aménagement du nouveau quartier des affaires de la ville de Nice (ZAC de l'Arénas) à proximité de l’aéroport. Elle est donc située au milieu d'un complexe spécialisé. L’analyse de la place des Mosaïques se structurera dans les trois sections suivantes :

1. La distribution spatiale des fonctions

2. La distribution spatio-temporelle des usages et des flux

3. L’appropriation de l’espace

Résumé

La place des Mosaïques est le cœur d’un complexe tertiaire à proximité de l’aéroport international de Nice-Côte d’Azur. Il s’agit essentiellement d’un espace de travail (7 000 employés entre le quartier des affaires et l'aéroport) sans aucun bâtiment d’habitation. Le quartier se diversifie néanmoins par la présence de fonctions culturelles (écoles, musée), de loisirs (parc botanique) et administratives. Les personnes qui fréquentent la place sont principalement des actifs qui utilisent les services présents sur la place (restauration, commerces). La fréquentation de la place est rythmée par les plages horaires des bureaux et ne bénéficie nullement des flux de visiteurs du musée et du parc botanique pendant le weekend. Ainsi, le matin, la pause midi et la fin de journée du lundi au vendredi concentrent l’essentiel de la fréquentation de la place. La place est désertée au tomber du soir.

La structure spatiale et temporelle des usages et des flux de mobilité révèlent une exploitation très utilitaire de l’espace public, laissant peu de place à la flânerie et à l’utilisation de la place en tant que catalyseur de relations sociales.

 

1. La distribution spatiale des fonctions

Les types d'espace : espace « banal », espace spécialisé.

Selon un schéma typique de l’urbanisme de dalle, la place des Mosaïques est essentiellement piétonne avec un espace « banal » qui couvre la presque totalité de l’espace ouvert de la place. L'espace spécialisé comprend une voie de service qui fait le tour de la place, l’emprise au sol des caisses et des aérations du parking souterrain et, autours de la place, l’emprise au sol des bâtiments qui la bordent sur trois côtés. En sous-sol, l'espace est aussi spécialisé pour des parkings et des équipements techniques, tandis que sur le côté nord, un vaste espace ouvert est actuellement en friche.

   

Figure 4.62 :

Schéma de la répartition entre espace « banal » et espaces spécialisés pour la place des Mosaïques

 

 

   

Figure 4.63 :

Coupe transversale sur la place

 

La fonction tertiaire

La fonction tertiaire est exclusive sur le pourtour de la place. La place est ainsi bordée par des bâtiments d'environ dix étages qui abritent des sièges sociaux et des bureaux d’entreprises privées dans divers domaines ainsi que de quelques organismes publics. Cela représente environ 3000 emplois. Notons, par ailleurs, que la présence des bureaux de la Communauté Urbaine de Nice-Côte d’Azur ne rajoute pas réellement une fonction administrative à la place : il s’agit de bureaux qui ne sont pas ouverts au public et qui sont ainsi dépourvus du fonctionnement et de la symbolique qui entourent un bâtiment administratif (va-et-vient d’usagers, organisation de cérémonies et d’événement protocolaires, présence d’une symbolique architecturale, etc.).

Le rez-de-chaussée des bâtiments sert d'accès aux bureaux mais comprend également:

- des commerces (presse, pressing, agence de voyages) ;

- des restaurants/brasseries.

Les commerces et restaurants installés en rez-de-chaussée constituent une petite diversification secondaire pour les fonctions de la place, censée répondre aux besoins des travailleurs du quartier des affaires. L'absence de fonction résidentielle dans le complexe des Arénas où se trouve la place induit une trop forte spécialisation des espaces et donc un manque de diversité. Cela a des conséquences en termes de fréquentation, d'usage et d'appropriation de la place.

   

Figure 4.64 :

Les fonctions abritées par la place des Mosaïques (seul le rez-de-chaussée est pris en compte)

 

 

   

Figure 4.65 :

Les équipements autour de la place des Mosaïques

 

Fonctions culturelles et de loisir à proximité de la place

Pour trouver un minimum de diversité primaire nous devons quitter les abords immédiats de la place. À sa proximité se trouvent en effet d’importants équipements culturels et de loisir. D’abord des écoles (école de commerce Edhec, lycée hôtelier Paul Augier). Ensuite, le musée départemental des arts asiatiques (antenne du musée Guimet de Paris), remarquable aussi pour son architecture. Finalement, un parc botanique de 7 hectares, le Parc Poenix, qui rayonne au delà de la ville de Nice, attirant de nombreux visiteurs. Dernièrement, le parc propose aussi un abonnement annuel qui permet aux travailleurs et aux étudiants d'y venir pique-niquer le midi. Plus loin se trouve également l’aéroport international de Nice-Côte d’Azur, essentiel pour le développement du quartier des affaires. Aucune fonction résidentielle n’est en revanche recensée dans cet environnement étendu de la place.

   

Figure 4.66 :

Le Parc Phoenix

 

 

   

Figure 4.67 :

Le Musée des Arts Asiatiques

 

Les fonctions symboliques de la place

Le choix de l'emplacement de la ZAC de l'Arénas en face de l'aéroport et à proximité d'un réseau de transport (autoroute, voie rapide, Promenade des Anglais) a permis de poser les bases de sa notoriété. En dépit de la faible charge symbolique du siège de la Communauté Urbaine Nice Côte d'Azur, la place des Mosaïques possède ainsi indéniablement un rôle symbolique. Elle est le centre du quartier international des affaires, signe tangible de l’insertion de la ville de Nice dans le réseau des grandes métropoles internationales, abritant des sièges sociaux prestigieux (au moins dans les vœux de ses concepteurs) et les emplois à haute valeur ajoutée de la finance et du marketing. Cela explique le style décidemment post-moderne de ses bâtiments, en ligne avec les réalisations semblables en France et à l’international, ainsi que le traitement particulier dont à fait l’objet son revêtement et son mobilier dès sa conception.

La place des Mosaïques est en effet l’œuvre du sculpteur Maurice Calka, (premier grand prix de Rome) inaugurée le 29 juin 1993. Elle reprend des formes géométriques avec des mosaïques de couleur brique, rajoutant une identité particulière à cette place de quartier des affaires. Selon certains usagers de la place, le dessin géométrique de Calka auraient même une symbolique franc-maçon, supposition qui reste à vérifier.

 

2. La distribution spatio-temporelle des usages et des flux

Les flux de mobilité

Au sud du complexe des Arénas se situe l'aéroport de Nice Côte d'Azur qui emploie près de 3 500 personnes et reçoit une moyenne de 28 000 passagers par jour. C'est un équipement qui génère une importante activité dont bénéficie directement le quartier des affaires.

Le quartier dispose d'une liaison routière avec l'autoroute et la promenade des Anglais ce qui renforce l’accessibilité au quartier. Cependant il n'existe aucune liaison piétonne directe, ni avec l’aéroport, ni avec les autres quartiers à forte spécialisation fonctionnelle autour des Arénas (le marché d’intérêt national, la cité administrative, etc.). De ce fait, les flux piétons qui intéressent la place des Mosaïques au matin et en fin de journée ont pour principale origine ou destination les entrées du parking souterrain du quartier des affaires. La place des Mosaïques est également un espace de transit entre les différentes entrées des bureaux, servant de commutateur pour les flux provenant d’une bonne partie du quartier des affaires. Le principal flux provient de l'entrée (porte urbaine) pour se diriger en face dans d'autres entrées. Cependant, étant une place de transit entre toutes les entrées des immeubles et des parkings et n'ayant pas de bâtiment particulier susceptible de polariser les flux (gare ferroviaire, hôtel de ville, etc.) de nombreux flux se croisent sans structure spatiale précise.

   

Figure 4.68 :

Les principaux flux de mobilité sur la place des Mosaïques

 

 

Le flux dominant sur la place, rythmé par les plages horaires de travail, semble ainsi être celui traversant la place d’est en ouest et reliant l’entrée du plus grande immeuble (bordant la place à l’ouest), le centre de la place (où se situe le principal accès du parking en sous-sol) et l'accès à la place par la porte urbaine qui la met en communication avec la place des Arénas, seconde place du quartier des affaires.

Fortement caractérisé par les flux de piétons en mouvement le matin et l’après-midi, on peut observer davantage de personnes à l’arrêt sur la place pendant la pause du midi. Les espaces où les personnes sont à l'arrêt correspondent aux terrasses des brasseries et à l'îlot central au dessus des parkings qui permet de s'assoir, pour manger un sandwich ou pour entamer une discussion avec un collègue.

   

Figure 4.69 :

La répartition des personnes à l'arrêt et en mouvement sur la place des Mosaïques

 

L’utilisation de la place au cours du temps

Les différentes analyses précédentes sont confirmées par les comptages des présences sur la place. On peut ainsi observer une fréquentation fortement rythmée par les horaires de travail. Vers 9h, à l'ouverture des bureaux, la place commence à être fréquentée par environ une vingtaine de personnes : des employés profitent de la place pour fumer, boire un café, acheter le journal ou attendre avec les collègues l'ouverture du bureau. Puis, à midi, la fréquentation de la place s’approche de la quarantaine de personnes. De part la nature des entreprises présentes, beaucoup d'actifs bénéficient d'avantages (tickets restaurants, revenus) qui leur permet de déjeuner plus facilement dans les brasseries de la place.

Enfin, à 18h, à la sortie des bureaux, la place est à nouveau fréquentée (même si moins que le midi), mélangeant les flux vers les parkings avec quelques arrêts sur les terrasses. Le soir la place est déserte : pour l’anecdote, une seule personne à été observé aux environs de 21h, les restaurants et les brasseries étant par ailleurs tous fermés le soir.

   

Figure 4.70 :

Comptage des présences sur la place des Mosaïques au cours de la journée

 

 

   

Figure 4.71 :

L’utilisation de la place des Mosaïques à quatre heures différentes de la journée

 

Qui sont les usagers de la place ?

Nous avons questionné vingt personnes rencontrées sur la place en fin de matinée d’un jour ouvré, ce qui nous a permis d’établir le profil suivant :

   

Figure 4.72 :

Profil socio-démographique d’un échantillon d’usagers de la place des Mosaïques

 

Les usagers de la place des Mosaïques sont des employés du tertiaire (souvent cadres), majoritairement hommes, que l'on peut remarquer visuellement par le code vestimentaire (costume). La présence d'écoles à proximité de la place rajoute une fréquentation d'étudiants à certains moments de la journée. A noter que nous avons pu questionner un seul retraité, qui venait par ailleurs sur la place pour un rendez-vous professionnel.

La fréquentation de la place est donc très axée sur le motif travail. Cependant, quelques touristes est également présent sur la place. Ils viennent essentiellement pour visiter le Parc botanique ou le Musée d’Arts Asiatiques et s’aventurent au delà du bâtiment formant une porte monumentale pour la place des Mosaïques, par curiosité de voir ce qu'il y a derrières. Cependant, d'après leurs commentaires, ils sont généralement déçus car ils s’aperçoivent rapidement d’être plongés dans un quartier de bureaux ignorant, en passant, la composition des mosaïques de la place.

Nous n'avons pas rencontré d'habitants des quartiers environnants (il y en a pas dans le quartier des Arénas) venant profiter de la place et de ses terrasses.

L’utilisation de la place par ses usagers

Le constat est sans appel, les usagers de la place des Mosaïques s’y rendent dans le cadre de leur travail à plus de 70%. Cependant, une minorité utilise la place également comme un espace de rencontres (souvent professionnelles), ou encore comme espace de détente (souvent entre les heures de travail).

Les différents usages que l'on a pu remarquer sont alors les suivants : attendre un rendez-vous, fumer, boire un café, prendre un repas, effectuer une course ou simplement traverser la place pour se rendre d’un bâtiment à l’autre ou rejoindre le parking. La place est effectivement un espace de commutation important entre les différentes tours de bureaux e.

Les usagers que nous avons rencontrés regrettent l’absence de certains aménagements qui auraient pu augmenter et/ou diversifier leurs usages de l’espace public. Ont ainsi été évoqués le manque d'un abri pour le soleil, le manque d'autres activités (salle de sport), le manque d'accès aux espaces environnants, le manque d'animation du centre de la place (fontaine toujours éteinte, aucune activité épisodique ou animation marchande).

   

Figure 4.73 :

Les motifs de la fréquentation de la place des Mosaïques

 

 

 

Figure 4.74 :

Durée et fréquence d’utilisation de la place des Mosaïques

L’étude de la durée et de la fréquence d’utilisation de la place est également très instructive. En termes de durée d’utilisation, deux profiles se dégagent. D’un côté les usagers des services offerts par la place, passant plus d’une heure dans son espace public (souvent sur la terrasse d’un restaurateur), correspondant à la moitié de l’échantillon interviewé ; de l’autre, les usagers de « courte durée », traversant la place pour rejoindre le parking ou bien à l’arrêt pour fumer une cigarette, attendre une personne pour un rendez-vous ou, simplement, répondre à notre questionnaire, correspondant eux-aussi à presque la moitié de l’échantillon.

La fréquence d’utilisation montre en revanche le fait que la plupart des usagers de la place sont des habitués, la fréquentant plusieurs fois par jour ou par semaine. Cela est la conséquence également de la faible attractivité de la place pour des personnes qui ne sont pas obligées, pour des motifs de travail ou d’étude, de se rendre au quotidien dans le quartier des Arénas.

 

3. L’appropriation de l’espace

 

La plupart de la surface ouverte de la place des Mosaïques est apparemment un espace public, laissant bien peu de place à l’appropriation semi-publique dans la forme d’espace concédé aux commerçants. En effet, ce sont les restaurateurs qui participent principalement à l'animation de la place, mais ces derniers occupent une faible partie de l'espace de la place en disposant de petites structures amovibles, tables, chaises et parasols uniquement en son pourtour. De façon encore plus discrète, le vendeur de presse avance ses étalages sur le bord de la place. Plusieurs restaurateurs nous ont indiqué d’être contraint par le syndicat de gestion des Arénas à utiliser seulement des petites portions de la place (souvent relativement périphériques) pour leur activité.

En effet, l’ensemble de la place des Mosaïques ne tombe pas dans le domaine public. Il s’agit d’un espace ouvert privé, géré par un syndicat de gestion émanant de la CCI de Nice-Côte d’Azur et permettant un usage presque public aux piétons du quartier des Arénas. Mais la différence de statut a des fortes implications sur l’appropriation de l’espace : les gestionnaires du quartier des Arénas souhaitent sauvegarder une certaine « image de marque » de la place centrale du quartier des affaires, interdisant toute activité qui ne conviendrait pas à cet espace (in primis les appropriations informelles de type mendicité, commerce à la sauvette, production d’artistes de rue, manifestations politiques, etc.) et réduisant au strict minimum également les appropriations formelles de ses commerçants. Des contraintes réglementaires doivent également peser du fait du projet architectural de Maurice Calka sur la composition et sur le mobilier de la place. L’évolution physique de la place est ainsi également très figée, limitant d’autant le développement des activités qu’elle peut abriter.

   

Figure 4.75 :

Schéma de distribution de l’appropriation de la place des Mosaïques

 

Depuis nos observations de terrain, cette aseptisation de l’espace public, outre bien évidemment l’absence de véritables riverains pour lesquels la place puisse constituer un lieu de vie au quotidien, contribue à affaiblir l’appropriation symbolique et affective de la place des Mosaïques par ses usagers. La faible appropriation de l’espace de la part des usagers, la forte dépendance des présences liées aux horaires des bureaux et la fermeture des brasseries/restaurants en soirée et en week-end, se renforcent mutuellement pour produire des paysages surréels de ville fantôme dès que l’activité tertiaire déserte le quartier des Arénas.

   

Figure 4.76 :

Les terrasses de la place Mosaïque, vides de tout usager le soir et les week-ends