L’analyse architecturale des bâtiments qui bordent la place

Le point de départ de l’analyse typo-morphologique est la relation qui existe, dans un contexte historique, géographique et culturel donnée, entre les formes des bâtiments et leurs typologies. Cette relation traduit un ensemble complexe de rapports entre les contraintes du parcellaire, les technologies constructives, les fonctions à abriter, les styles architecturaux et les solutions de composition retenues pour résoudre ces problèmes. Les « types » sont des solutions formelles plus ou moins codifiées qui sont adoptées de façon répétée, par un jeu de variations et d’adaptations innombrables. Les caractéristiques formelles des « types » font déjà présager les possibilités de composition d’ensembles plus vastes, produisant des véritables formes urbaines (les pavillons ne peuvent pas s’agglomérer pour former un tissu urbain dense de bâtiments mitoyens, les barres de logements collectifs ou les tours de bureaux s’assemblent dans des compositions urbaines relativement rigides, etc.). La composition de la place sera alors fortement impactée par les caractéristiques typo-morphologiques des bâtiments qui la bordent.

Dans ce qui suit, nous allons lister les principaux aspects relevables sur le terrain et/ou par l’analyse de plan, permettant de caractériser d’un point de vue typo-morphologique les bâtiments bordant une place. L’objectif de l’analyse sera de comprendre dans quelle mesure une certaine homogénéité/hétérogénéité typo-morphologique des bâtiments qui l’entourent permet de caractériser une place donnée.

Les types de bâti

Le bâti se définit, d’un côté, par son appartenance à un certain type constructif qui définit sa nature (pavillon, maison de ville, barre, tour…etc.), et de l’autre, par son style architectural (qui peut aller jusqu’à l’inscription consciente de la part de ses concepteurs dans un courant architectural bien déterminé). A ce titre, nous pouvons distinguer plusieurs types et formes. Parmi les bâtiments résidentiels, la maison est ainsi caractérisée par sa taille modeste, elle comporte un nombre limité d’étages et peur contenir un nombre très limité de logements (éventuellement un seulement). Différentes typo-morphologies traditionnelles peuvent néanmoins répondre à l’appellation de maison (la maison ouvrière en brique des villes industrielles de la fin du XIXème siècle, la maison victorienne des villes anglaises, etc.) Les immeubles collectifs, peuvent eux aussi se distinguer par l’insertion urbaine, la taille, le nombre d’étages, l’époque et l’architecture, la surface et la distribution des logements. On peut ainsi distinguer, parmi d’autres, le petit immeuble collectif urbain de rapport, l’immeuble urbain privé traditionnel de rapport de standing élevé, l’immeuble haussmannien, l’habitat intermédiaire, l’immeuble collectif social du XX siècle.  Les typologies plus traditionnelles de bâtiment urbains (jusqu’à la fin du XIXème siècle) étaient caractérisées par une certaine mixité d’usage : activité commerciale et/ou artisanale en rez-de-chaussée, habitations à l’étage. Le XIXème et le XXème siècles ont vu la démultiplication de bâtiments fonctionnellement spécialisés : le pendant à l’immeuble de rapport entièrement résidentiel a ainsi été la tour de bureaux, le bâtiment commercial,  et toute une sérié d’équipements publics (bâtiment administratif, école,  etc.).

Il faudra néanmoins tenir compte de la présence de bâtiments exceptionnels (souvent des bâtiments publics) et des rapports qu’ils entretiennent avec les bâtiments plus ordinaires qui les entourent. L’étude du bâti entourant les places publiques, laisse souvent apparaitre un édifice principal autour duquel s’organise le reste de la composition de la place. Plusieurs relations de composition peuvent exister entre ce bâtiment et le bâti plus ordinaire : mitoyenneté / indépendance, coordination des couleurs et des matériaux, développement de fonctions annexes, etc.

La lecture architecturale

À l’intérieur d’un même type, le bâti peut prendre plusieurs formes. Toutefois, il existe des éléments invariants qu’on trouve dans chaque unité de bâti grâce auxquels une étude/comparaison est possible parmi lesquels :

La masse : Les volumes construits se caractérisent par leur masse qui est fonction des dimensions du bâti (surface au sol, longueur, largeur, hauteur). « Le bâtiment se définit aussi par ses proportions (rapport de hauteur et largeur des différentes faces, rapport entre les murs et le toit) qui contribuent à son harmonie. » (Rémy Allain, 2005, p. 122).

Le gabarit : C’est la hauteur que l’immeuble ne doit pas dépasser, combles comprises. Le gabarit est défini par la hauteur verticale plus le couronnement et s’exprime par le nombre de niveaux (R+1, R+3…).

La vue en élévation d’un immeuble distingue trois parties différentes qui bénéficient de traitements différents à savoir le soubassement (ou la base), le corps et le couronnement.  «  Le rez-de-chaussée, essentiel pour l’ambiance de la rue, subit une double évolution : un élargissement des baies des vitrines et des halles d’immeubles commerciaux ; une fermeture pour des raisons de sécurité et d’intimité dans les immeubles résidentiels. L’entresol, fréquent dans les immeubles des XVIIIe et XIXe siècles, est lié à la fonction économique du rez-de-chaussée ». (Rémy Allain, 2005, p.126).

   

Figure 3.2 :

Le gabarit

 

 

 

Le système constructif : Ce sont les éléments constructifs et structurels du bâti (ossature, enveloppe-murs, toiture, matériaux…) qui à travers leur assemblage, permettent de définir un type architectural. Les quartiers anciens sont caractérisés par l’utilisation du système du mur-porteur ainsi que des matériaux tels que la pierre ou les briques pleines autoporteuses. Avec l’industrialisation, des matériaux nouveaux voient le jour, tels que le béton armé et la charpente métallique dont l’utilisation généralisée engendrent des systèmes constructifs totalement différents. Ainsi le système d’ossature poteau -poutre et la charpente métallique viennent remplacer les murs-porteurs en pierre et permettent d’alléger les structures et de libérer les murs et autorisent des ouvertures plus larges ; progressivement, les toitures plates remplacent les toitures inclinées en tuile. L’invention de l’ascenseur permet la construction de plus en plus haute. Le préfabriqué envahit les chantiers de la construction à grande échelle dans les grands ensembles. Le verre et l’acier s’imposent dans la construction des immeubles de bureaux grâce à la rapidité de leur mise en œuvre. Le système constructif des bâtiments est de plus en plus mis en valeur par des structures apparentes qui participent à l’esthétique architecturale et urbaine.

Le plan : C’est l’organisation horizontale du bâtiment qui montre distribution intérieure entre les différentes pièces. Plusieurs variantes de plans peuvent se présenter au sein d’un même immeuble à savoir le plan du rez-de-chaussée et le plan d’étage courant qui est la répétition du même plan. « L’immeuble peut être à plan simple plus au moins allongé, à plan carré à patio, à plan en L, en U, en T. Le plan est conditionné par le parcellaire et le contexte urbain (mitoyenneté, règlement) mais inversement le choix d’un type de plan a de grandes conséquences sur la façade urbaine et l’espace public » (Rémy Allain, 2005, p. 122). L’étude du plan des immeubles bordant une place permet de ressortir la relation qui existe entre le bâti et l’espace public qu’il délimite, grâce à la disposition des accès du bâti ainsi que le système distributif entre eux. L’éventuelle présence de locaux commerciaux et d’activité en rez-de-chaussée sera fondamentale pour qualifier l’interpénétration entre ces deux espaces. Le plan peut également mettre en exergue la présence de loggias ou de promenoirs à portiques en tant qu’interface entre les rez-de-chaussée des immeubles et l’espace public ouvert.

La façade : Les façades sur rue est le lieu privilégié d’expression du langage architectural, elles « donnent à voir l’histoire de la ville, le rôle des commanditaires et architectes locaux ainsi que les relations et la manière dont ceux-ci ont pu intégrer ou non les influences diverses…elle peut révéler le contenu de l’immeuble et le statut d’un quartier » (Rémy Allain, 2005, p. 125). Leur configuration et leur traitement dépend de l’immeuble dont la forme est dictée par le parcellaire mais aussi des règlements d’urbanisme (l’alignement, la hauteur…etc.) et du courant architectural. Le traitement d’une façade renseigne sur la distribution intérieure et l’organisation des étages. Son analyse porte sur le rapport entre le plein (trumeau, mur) et les vides (ouvertures) ainsi que la taille, le rythme, la disposition et la forme des fenêtres, sa composition (symétrie/dissymétrie) et les matériaux utilisés pour sa décoration. Le jeu de façades composant les parois de la place pourra à son tour être homogène ou hétérogène, tant dans les matériaux, que dans les styles, les couleurs ou les alignements verticaux. Il pourra à son tour être régi par des règles de composition (par exemple façades symétriques à droite et à gauche d’un bâtiment emblématique). Les places médiévales, non planifiées, sont marquées par l’harmonie plus que par l’homogénéité et/ou l’ordre géométrique des façades des bâtiments qui les bordent : des façades toutes différentes, présentant des nombreux décrochements et irrégularités et aucune règle de symétrie globale, se caractérisent par l’utilisation des mêmes matériaux, des mêmes styles architecturaux et des variations d’une même gamme de couleurs.

   

Figure 3.3 :

Les différents types de façades (taille, rythme, disposition, forme des fenêtres) - Schémas d’exemple.