La composition urbaine de la place des Mosaïques

L’analyse morphologique

   

Figure 3.81 :

La Place des Mosaïques

 

 

La place des Mosaïques se trouve dans un tissu urbain discontinu marqué par la présence de grands bâtiments indépendants, aux formes particulièrement irrégulières. Elle est délimitée par trois côtés et reste ouverte du côté nord-ouest, où se situe actuellement une friche en attente d’être urbanisée. Le bâti se caractérise, quant à lui, par sa monumentalité et son architecture postmoderne, une architecture élaborée, car étant dans un quartier des affaires, devant vendre l’image de celui-ci et constituer un facteur attractif des entreprises susceptibles de s’y installer.

   

Figure 3.82 :

La forme concave de la Place des Mosaïques

 

 

La  forme quadrangulaire et fort irrégulière de la place est le fait des façades arrondies (et convexes) des deux immeubles qui la bordent des deux côtés nord-est et ouest. La convexité des bâtiments est particulièrement problématique dans la composition de la place, car elle réduit sa fermeture visuelle, allant à l’encontre à la fois des modèles médiévaux et baroques, dans lesquels les formes courbes des bâtiments sont toujours concaves pour définir des places convexes (comme par exemple la place du Palio à Sienne ou la place Cordusio à Milan).

 

   

Figure 3.83 :

La voie de service de la Place des Mosaïques et les accès piétons

 

 

   

Figure 3.84 :

Accès piétons de la Place des Mosaïques 

 

Une voie de service pour les véhicules fait le tour de la place, tandis que les accès piétons se situent aux angles de la place. Les piétons bénéficient également d’une porte urbaine monumentale  qui se trouve sur l’axe des bâtiments nord-est et sud-ouest et qui relie la place des Mosaïques au grand parvis de l’Arénas. La porte monumentale est un élément essentiel de la composition de la place, permettant de lui donner une orientation et contribuant aux références stylistiques de l’architecture postmoderne.

 

L’analyse architecturale du bâti

 

Le gabarit :

Les bâtiments bordant la place s’élèvent pour la plupart à R+9, créant un front bâti particulièrement imposant.

   

Figure 3.85 :

Le gabarit de la place

 

La coupe montre que le gabarit du bâti bordant la place dessine un profil rectangulaire, qui n’altère pas trop l’harmonie entre la hauteur du bâti et les dimensions de la place.

   

Figure 3.86 :

L’ouverture de la place

 

L’ouverture de la place est appelée à disparaitre une fois le chantier « Nice Meridia » achevé. La place est donc vouée à changer de morphologie à terme, avec quatre bâtiments de grand hauteur sur les quatre côtés.

Les façades :

Les immeubles qui délimitent la place sont des tours de bureaux, abritant des sièges d’entreprises, des organismes publics, des services techniques de collectivités locales, etc. Le traitement de leurs façades se caractérise par l’utilisation à grande échelle du verre, ce qui donne des façades plus ou moins reflétantes ou transparentes, symbole d’une architecture mondialisée et à la mode. En même temps, l’architecture n’est pas uniforme : chaque immeuble se démarque des autres par un style qui lui est propre. L’ambiance postmoderne des abords de la place renvoi d’avantage au caléidoscope d’architectures observables à Paris la Défense qu’à l’ensemble stylistiquement homogène et coordonné conçu par Ricardo Bofill à Montpellier.

 

   

Figure 3.87 :

Les immeubles

 

 

Le traitement de l’espace public ouvert

 

Le traitement du sol :

Le traitement de l’espace public de la place a été confié à l’artiste et sculpteur Maurice Calka,  qui a utilisé des mosaïques de couleur brique pour le traitement de son sol.

   

Figure 3.88 :

Le traitement du sol de la place des Mosaïques

 

Le sol jouit d’un traitement de qualité et contribue à créer un effet artistique harmonieux. La voie de service est séparée de l’espace piéton à l’aide de petits blocs de béton disposés sur le pourtour de la place.

 

   

Figure 3.89 :

L’espace centrale de la place des Mosaïques

 

L’espace central de la place est surélevé par rapport au reste. Son traitement est fait de manière à allier esthétique et fonctionnalité. Cet espace constitue en effet l’accès piéton au parking au sous-sol de la place, et doit abriter différents équipements techniques. Les caisses automatiques et les ascenseurs sont ainsi dissimulés dans une forme cubique surmontée d’une pyramide. Un autre cube au toit cette foi-ci arrondi abrite des locaux techniques. Le tout est traité avec le même matériau que pour le sol, ce qui donne un leitmotiv unitaire à la place et fait bien percevoir mobilier et sols comme étant l’œuvre d’un même concepteur.

   

Figure 3.90 :

Le complexe technique au centre de la place

 

 

   

Figure 3.91 :

La rampe au centre de la place

 

Une rampe a été créée pour permettre l’accès des handicapés moteurs aux ascenseurs menant vers le parking au sous-sol. Pour permettre une aération et un éclairage naturels du parking, des ouvertures ont été laissés. Ces derniers sont protégés par un bardage en acier sous forme de pyramides. Un escalier menant vers le parking a été prévu au centre de la place mais dissimulé grâce aux vides surélevés et à leur traitements. Dans la place des Mosaïques l’équipement utilitaire, moyennant un traitement artistique, prend ainsi la place du monument commémoratif de la place du XIX siècle.


Le mobilier urbain et la végétation :

Dans cette place où chaque détail est pris en compte, le mobilier urbain reçoit un traitement qui l’insère harmonieusement dans l’ensemble. Plusieurs bancs délimitent l’espace central de la place. D’autres se situent aux bords de bacs végétalisés. Une fontaine d’eau est ainsi disposée dans la partie est de la place et dont le traitement constitue une continuité avec le sol.

   

Figure 3.92 :

Les bancs publics et la fontaine 

 

La végétation utilisée pour le traitement de la place ne perturbe pas trop l'aspect minéral de celle ci. Elle est disposée dans des bacs sur le pourtour de la place et consiste et privilégie les espèces méditerranéennes ou exotiques pour souligner l’identité du quartier des affaires en bord de la grande bleue. L’absence de grands arbres expose néanmoins les bancs au rayonnement solaire, ce qui réduit considérablement la valeur d’usage du mobilier de la place.

   

Figure 3.93 :

La végétation

 

 

La lumière :

Nous relevons toutefois l’absence de lampadaires pour l’éclairage nocturne. Les seuls luminaires présents sont disposés à l’entrée ou des spots éclairant certaines façades. La mise en scène des architectures est donc préférée à l’illumination et à la création d’ambiances sur la place, l’espace public restant vide à la fermeture des bureaux.

   

Figure 3.94 :

La lumière

 

 

Mise en perspective des analyses :

La place des Mosaïques se distingue de toutes les autres analysées dans ce cours par le style architectural des bâtiments qui la bordent, faisant appel à la technique et aux matériaux innovants notamment pour le traitement des façades et du sol. La place se trouve au centre des bâtiments disposés sur des parcelles sans véritable structure de voies. Toutefois, son traitement de qualité, conçu de surcroit par un artiste, fait d’elle une place « vitrine » baignant dans un environnement marqué par sa qualité architecturale. Ce qui fait de cet ensemble un produit de marketing visant à vendre l’image du quartier et constituer un élément d’appel vis-à-vis des entreprises. À une lecture plus attentive plusieurs faiblesses peuvent néanmoins être mises en évidence dans la composition de la place : la forme convexe des bâtiment qui la bordent (rendant moins lisible la forme de la place), l’ouverture vers le nord (qui sera prochainement comblée par la construction d’un quatrième bâtiment), le manque d’abris pour le soleil et d’éclairage pendant la nuit, signe d’une conception plus attentive à l’effet vitrine qu’au véritable usage des lieux.